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28/04/2022

L’Union européenne entre la Guerre et la Paix

Après l’annexion de la Crimée en 2014, l’invasion de l’Ukraine par la Russie ne se limite pas à la revendication des territoires du Dombass et du littoral de la mer Noire, car l’agresseur s’est dit justifié à engager les hostilités parce que menacé par les dispositifs militaires de l’Alliance Atlantique que le gouvernement de Kiev souhaitait rejoindre. Au-delà de ce prétexte de circonstance, le régime de Moscou a clairement exprimé entrer en guerre contre la corruption des esprits et des mœurs d’un occident européen dont les valeurs de liberté et de tolérance représentent un vrai danger de contagion et de contestation du règne autocratique de Vladimir Poutine et de son régime totalitaire.

Le 24 février 2022, la Russie a déclaré la guerre aux démocraties européennes. S’il est apparemment rassurant de penser que le Kremlin n’a pas franchi le Rubicon, et que ses attaques s’arrêtent aux frontières de l’Union Européenne, ce serait une grave illusion de croire que les 27 États de l’UE ne sont pas déjà précipités dans ce champ de bataille. D’ailleurs, les attaques répétées menées dans le domaine de la cybersécurité ont révélé depuis plusieurs années le caractère de guerre hybride conduite depuis la Russie. Parce que Moscou n’hésite pas à brandir la menace de l’usage d’armes nucléaires ou à démontrer sa capacité technologique en matière d’engins balistiques à longue portée, des États européens qui avaient été contraints de faire le choix de la neutralité militaire à l’issue de la Seconde Guerre Mondiale s’apprêtent à rentrer dans l’OTAN, tandis que Berlin révise totalement sa stratégie de défense.

 

L’Union européenne est encore zone libre de combats, mais elle est déjà entrée dans une économie de guerre. Les relations économiques et commerciales que le temps de la paix avait permis de tisser entre l’Europe de Bruxelles et la Russie se révèlent autant d’interdépendances que le temps de la guerre remet en cause brutalement. L’escalade des sanctions et embargos décidés de part et d’autre n’a pas encore atteint le paroxysme d’un blocus intégral. Mais d’ores et déjà, les instruments de gestion de crise sont dépassés par la violence des chocs générés par le conflit. Dans les deux sphères essentielles de l’énergie et de l’alimentation, l’Europe est entrée dans une économie de guerre, et ce constat douloureux impose dans l’urgence l’adoption de nouvelles stratégies européennes.

 

Il ne s’agit pas de rediscuter du Pacte Vert de la Commission Von der Leyen ou des ambitions de « Fit for 55 », car les conséquences du conflit ouvert par la Russie créent des tensions durables sur les prix du pétrole, du gaz, de l’aluminium, des engrais, des céréales et des oléagineux, de sorte que le marché se charge de réaliser les objectifs de lutte contre le changement climatique, sans doute au-delà de ce que les politiques publiques visaient. Il n’est pas nécessaire de contraindre les agriculteurs à réduire les utilisations d’engrais ou de produits phytosanitaires lorsque l’envolée des prix y contribue suffisamment. Aussi dans ces conditions difficiles, la priorité agricole européenne est de mobiliser toutes ses ressources pour assurer sa sécurité alimentaire, comme celle de ses partenaires historiques d’Afrique du Nord et d’Afrique de l’Ouest qui sont les premières victimes collatérales de la situation actuelle. Ce redéploiement de l’appareil productif européen et de la politique de coopération économique avec l’Afrique doit devenir la nouvelle priorité de la stratégie agricole européenne.

 

En matière d’énergie, la dépendance vis-à-vis du pétrole et du gaz russes impose d’adopter dans l’urgence un plan visant l’indépendance énergétique européenne. Le recours à l’énergie nucléaire apparait incontournable, qu’il s’agisse de petits réacteurs modulaires (SMR), moins chers et plus flexibles que les grandes centrales pour se substituer aux centrales à charbon, comme des installations de quatrième génération. Les délais de réalisation d’un plan européen du nucléaire nécessitent parallèlement de déployer toutes les sources d’énergie renouvelables, l’éolien, le solaire, la méthanisation sans oublier l’hydroélectricité. La plus grande difficulté pour s’accorder sur une vision commune réside dans les résistances de l’opinion de pays tels que l’Allemagne vis-à-vis du nucléaire, mais l’installation dans la durée de la situation actuelle pourrait contribuer au revirement des positions.

 

Enfin la prise de conscience de la précarité de l’espace de paix construit patiemment depuis 1945 remet à l’agenda politique l’urgence de réaliser une politique européenne de défense. « Si vis pacem, para bellum », si tu veux la paix, prépare la guerre n’a jamais été autant d’actualité depuis la fin de la Guerre Froide. Face à une Russie qui souhaite effacer les effets de l’explosion de l’empire soviétique et du ralliement des pays de l’Europe de l’Est à l’Union Européenne, celle-ci n’a pas d’autre choix que de construire une politique commune de défense. L’appartenance à l’Otan d’une majorité de membres de l’UE (21 sur 27) devrait faciliter les initiatives dans ce sens, en donnant un signal positif aux partenaires des États-Unis et du Royaume Uni sans lesquels l’UE-27 aurait été trop faible pour s’affirmer contre la Russie. Est-il utopique de penser une Union européenne membre en tant que tel de l’Alliance Atlantique ?

La traversé de cet épisode de guerre est un défi historique que l’Union doit saisir pour en sortir plus forte, plus unie et plus solidaire. Le titre du monument littéraire de Léon Tolstoï pourrait inspirer l’écriture de cette nouvelle page.