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Temps de lecture : 2 min

26/03/2026

Note de lecture : « Géopolitique du soja » par Olivier Antoine

Le succès foudroyant du soja, plante assez banale et sans mythe, non constitutive d’une civilisation comme le blé, le riz ou le maïs, caractérise la transformation planétaire des 150 dernières années tout autant que le pétrole. Sans bruit, le soja accompagne l’histoire de l’industrialisation et de l’intensification agricole, du boom démographique et de la transformation du bol alimentaire mondial. Il participe à l’accélération des échanges internationaux, à la mondialisation, dans un contexte de bouleversement géopolitique et de questionnement écologique.

Olivier Antoine[1], Docteur en géopolitique raconte l’histoire d’une plante connue de longue date en Extrême-Orient (Chine, Corée, Japon) et beaucoup plus tardivement en Amérique et en Europe. Le soja restait principalement produit en Mandchourie au début du 20e siècle quand l’Europe s’appuyait sur ses pratiques coloniales pour ses ressources en huile alimentaire. La mainmise du Japon sur la Mandchourie, la grande crise de 1929 et la transformation du paysage agricole aux Etats-Unis ont entrainé des recherches d’acclimatation et d’amélioration des semences. Après la Seconde Guerre mondiale, l’industrialisation de l’agriculture américaine, et l’émergence de grands groupes d’amont et d’aval ont développé un système alimentaire à diffusion mondiale, avec une diète plus carnée. Le soja, tant pour les protéines que pour l’huile, s’y est attribué un rôle central.

Ce système s’est en effet internationalisé et a joué un rôle clé au gré des grandes évolutions géopolitiques : construction négociée de la PAC, choc climatique et embargo de 1973 (farines animales en Europe et développement de la culture du soja en Amérique du Sud), négociations GATT, adhésion de la Chine à l’OMC. La recherche (OGM) a soutenu l’accélération de l’expansion du soja, en réponse au choc de la demande provenant de la croissance chinoise, et contribué au boom de la production au Brésil (1er exportateur mondial) et en Argentine. Ces deux pays ayant cependant leur propre histoire, avec une organisation agricole et industrielle fort différente. L’uniformité apparente des filières soja dans le monde (financiarisation et standardisation) cache une véritable diversité. Cette diffusion se poursuit en Amérique du Sud (70 millions d’ha actuellement), dans un cadre géopolitique qui peut être tendu (relations Chine/USA). Il existe également d’autres perspectives en Ukraine, en Russie orientale, et faiblement en Europe qui est en quête de souveraineté protéique.

L’avenir semble appartenir au soja, du fait de l’efficacité technique qui préside tant à sa production qu’à ses utilisations. Il est également devenu un vecteur de puissance géopolitique à l’heure des questions relatives à l’autonomie stratégique.

Néanmoins les interrogations écologiques immédiates ou à moyen terme s’avèrent évidentes, non du fait de la plante par elle-même mais de la chaîne créée, pour ceux qui acceptent de se les poser : déforestation, dérèglement climatique, cycle de l’eau.

En conclusion, il y a peu d’exemples d’une telle transformation des paysages mondiaux et de changement de la diète internationale, que ceux dû au soja. Pour votre bonne information, et plus encore votre réflexion sur notre monde, lisez cet excellent ouvrage d’Olivier ANTOINE !


[1] « Géopolitique du soja » par Olivier Antoine, Directeur général du cabinet de conseil ORAE, chez Armand Colin, 2025.