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21/09/2026
Penser l’agriculture par ses machines : la prospective de la FNCuma
Dans son étude récente « Une prospective pour penser les machines autrement », la FNCuma propose d’explorer l’agriculture de 2050 à travers le prisme des agroéquipements. Ce travail collectif, piloté par la FNCuma, a été élaboré avec la contribution d’un large panel d’organismes techniques, scientifiques et professionnels, parmi lesquels ARVALIS, ASPEXIT, AXEMA, l’IDELE, l’IFV, INRAE (UMR SADAPT), l’ITAB, l’ITB, Solagro et Terres Inovia. Au-delà d’imaginer le tracteur ou le robot du futur, cet exercice vise à comprendre quels outils seront nécessaires pour accompagner une agriculture plus résiliente face au changement climatique, davantage productrice d’énergies renouvelables et plus sobre en intrants.
Le document s’appuie sur la vision élaborée par The Shift Project dans son rapport « Pour une agriculture bas carbone, résiliente et prospère » qui dessine une agriculture française profondément transformée à l’horizon 2050 : réduction des intrants de synthèse, développement des légumineuses, généralisation des couverts végétaux, montée en puissance des agriénergies (dont la méthanisation), déploiement de l’agroforesterie et sortie progressive des énergies fossiles.
L’originalité de la démarche est de considérer que ces évolutions ne pourront pas se faire avec les machines actuelles. Au-delà de leur fonction productive, les agroéquipements sont appelés à jouer un rôle central dans l’évolution des systèmes agricoles vers davantage de durabilité, de résilience et d’autonomie.
Quatre futurs possibles pour les agroéquipements
Pour explorer les trajectoires possibles, la FNCuma a construit quatre scénarios.
- Le premier correspond à une poursuite des tendances actuelles. Les machines deviennent plus efficientes et moins émettrices de gaz à effet de serre mais demeurent coûteuses, complexes et largement dépendantes des constructeurs. L’accès à l’innovation dépend avant tout des capacités d’investissement des exploitations agricoles. La transition reste essentiellement technique.
- Le deuxième scénario imagine une transition écologique davantage encadrée par les politiques publiques et les normes environnementales. Robotisation, automatisation et nouvelles motorisations (électriques, bioGNV, hydrogène…) se diffusent rapidement afin de répondre aux objectifs climatiques. Mais cette évolution accroît également la dépendance vis-à-vis des technologies et des fournisseurs de solutions.
- Le troisième scénario est probablement le plus proche de l’ADN historique des Cuma. Il repose sur la coopération, la mutualisation et l’ancrage territorial. Les machines y sont conçues pour être réparables, modulaires, polyvalentes et adaptées aux systèmes agroécologiques. La technologie est présente, mais elle doit rester appropriable par les utilisateurs et utile aux pratiques agricoles.
- Enfin, le quatrième scénario recherche un compromis entre performance économique, souveraineté alimentaire, transition écologique et contraintes climatiques. Les équipements doivent être suffisamment productifs pour maintenir les rendements tout en restant sobres, accessibles et adaptables à la diversité des territoires.
Une même idée derrière les quatre scénarios
Au-delà des différences, les quatre scénarios convergent vers plusieurs constats. Tout d’abord, la puissance mécanique cesse d’être l’horizon principal du progrès. La préservation des sols, la réparabilité, la modularité et la sobriété prennent une importance croissante.
Ensuite, la logistique devient un enjeu central. Dans une agriculture plus diversifiée, il faut gérer davantage de flux : récoltes multiples, biomasse, digestats, effluents d’élevage ou coproduits agricoles. Les auteurs montrent ainsi que la performance d’un chantier dépendra autant de son organisation que de la machine elle-même.
Enfin, les compétences humaines deviennent un facteur déterminant. Former, réparer, organiser et arbitrer les flux apparaît aussi important que disposer des équipements eux-mêmes.
Les encadrés prospectifs sur la récolte et la fertilisation en 2050 constituent sans doute les passages les plus originaux et les plus explicites du document. Ils illustrent l’idée que l’innovation passera à la fois par l’organisation des chantiers, la gestion des flux et l’intégration des équipements dans des systèmes agricoles plus diversifiés et plus sobres.
Un enseignement pour la transition énergétique du secteur agricole
Cette prospective fait écho aux débats actuels sur le GNR et complète l’analyse d’Agridées sur « Le GNR fondement et défi de l’autonomie agricole ». Elle s’intègre dans une réflexion sur la transition énergétique du secteur agricole qui dépasse l’idée du remplacement d’un carburant par un autre, et invite à repenser les organisations de travail, les infrastructures de ravitaillement, la logistique des chantiers et parfois même les pratiques agronomiques.
L’un des apports majeurs du document est de montrer que la décarbonation du machinisme agricole suppose une réflexion plus globale sur les pratiques agricoles, la taille et l’usage des matériels, les formes de coopération entre entreprises agricoles et, plus largement, sur l’efficacité énergétique des systèmes agricoles dans leur ensemble.