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Temps de lecture : 5 min

15/10/2026

Villes vertes européennes : un concours pour accélérer la transition environnementale

En distinguant Saragosse, Benidorm et Estarreja pour 2028, la Commission européenne valorise trois trajectoires de transformation urbaine. Au-delà du palmarès, ces prix visent à faire des collectivités des lieux d’expérimentation et de diffusion des politiques environnementales.

Saragosse (Espagne) a été nommée Capitale européenne verte 2028, tandis que Benidorm (Espagne) et Estarreja (Portugal) partageront le titre European Green Leaf 2028, qui célèbre les petites villes en tête d’action environnementale.

 

Faire progresser les politiques locales

Lancé par la Commission en 2008, le concours de la Capitale verte repose sur une ambition : améliorer la qualité de vie des habitants tout en réduisant l’empreinte environnementale urbaine. La Feuille verte, créée en 2015, élargit cette dynamique aux collectivités de plus petite taille. Les prix récompensent des réalisations, mais aussi des engagements futurs et la capacité à inspirer d’autres territoires.

Pour cette édition, 27 candidatures étaient en compétition. L’évaluation porte sur sept domaines : air, eau, biodiversité et utilisation durable des sols, déchets et économie circulaire, bruit, atténuation du changement climatique et adaptation. Les finalistes présentent ensuite au jury leur vision, leur gouvernance et leur stratégie de communication. Cette méthode invite à dépasser une approche sectorielle : une ville durable doit articuler ses choix d’aménagement, la gestion de ses ressources et la participation de ses habitants.

 

Saragosse : relier la nature, la ville et ses habitants

À Saragosse, le jury européen a distingué la solidité de la gouvernance et la continuité de l’engagement environnemental. L’intérêt de cette trajectoire tient à la place donnée à la nature dans l’aménagement du territoire : la végétalisation s’inscrit dans une stratégie reliant adaptation climatique, biodiversité et qualité de vie.

Le plan directeur des infrastructures vertes constitue l’un des fondements de cette démarche. Il organise les connexions entre les parcs urbains, les espaces naturels, les terres agricoles et les cours d’eau, dont l’Èbre, le Gállego et le Huerva. Ses objectifs associent préservation des espaces maraîchers, amélioration du cycle de l’eau, réduction des risques d’inondation et accès des habitants à la nature. Cette approche présente un intérêt pour les politiques territoriales : elle pense ensemble les espaces urbains et ruraux, à partir des fonctions écologiques et sociales qu’ils remplissent.

Lancé en 2021 par la municipalité avec la fondation ECODES, le « Bosque de los Zaragozanos », ou « Bois des habitants de Saragosse », traduit cette ambition sur le terrain. Le programme vise la plantation de 700 000 arbres et arbustes à l’horizon 2030. Selon le bilan municipal publié en juin 2026, 257 000 arbres et plants avaient été installés sur 230 hectares. Ces chiffres décrivent l’avancement des plantations ; ils ne constituent pas, à eux seuls, une mesure des bénéfices écologiques obtenus.

La mobilisation locale est une autre composante du projet. Le même bilan recense 174 entreprises partenaires ou sponsors et 50 organisations citoyennes participantes. Quelque 41 600 élèves ont bénéficié d’activités pédagogiques, dont 15 000 ont participé directement aux plantations. Cette implication donne à la transition une traduction concrète et peut contribuer à son appropriation dans la durée.

L’exemple de Saragosse invite ainsi à considérer la nature comme une composante de l’aménagement et de la santé urbaine. Pour apprécier la portée du modèle, le suivi devra porter sur la survie des plantations, leur adaptation aux conditions locales, leurs besoins en eau et les services effectivement rendus aux habitants. C’est dans cette articulation entre ambition, participation et évaluation que se joue la valeur d’exemple d’une capitale verte.

 

Trois trajectoires, une exigence de cohérence

Benidorm illustre une autre problématique : conjuguer fréquentation touristique et préservation du cadre de vie. La Commission souligne ses efforts en matière de gestion de l’eau et d’adaptation, le recours aux infrastructures vertes contre les îlots de chaleur. Estarreja est distinguée pour une transformation collective dépassant son héritage industriel, avec des avancées sur la qualité de l’air, les mobilités et l’efficacité énergétique des logements.

 

Pourquoi les villes se portent-elles candidates ?

La dotation financière aux lauréats constitue un soutien, mais l’intérêt du concours dépasse le financement. Chaque candidature bénéficie aussi d’un retour d’experts. Pour les équipes municipales, la démarche peut donc servir à comparer leurs pratiques, identifier leurs marges de progrès et mobiliser les acteurs autour d’objectifs communs.

Les expériences de Saragosse, Benidorm et Estarreja peuvent nourrir les choix d’autres collectivités en Europe, à condition d’en documenter les résultats, les coûts et les conditions de réussite. Pour l’Union européenne, l’enjeu est de transformer cette émulation entre villes en capacité collective à répondre aux défis environnementaux, au plus près des habitants.