Herman Van Rompuy : point de vue d’un européen engagéPublié le 9 mars 2017 par Yves LE MORVAN

Herman Van Rompuy, ancien Président du Conseil Européen et ancien Premier ministre de Belgique, répondait le 23 février 2017 à Paris à l’invitation conjointe des Ambassadeurs des Pays-Bas, de Belgique et du Luxembourg  afin de donner sa vision sur l’état de l’Europe et l’avenir du projet européen. Retour sur 3 grands sujets abordés par cet européen convaincu.

A propos de la situation européenne, Herman Van Rompuy estime que l’Union Européenne a subi une « polycrise » : crises des sub-primes et de l’euro, dépression économique, crise des réfugiés… et maintenant le Brexit et les conséquences géopolitiques de l’arrivée de Donald Trump.

Sur les sujets économiques, il fait remarquer que l’Union Européenne arrive à résoudre les problèmes souvent dans la douleur, mais toujours dans la complexité puisque « chaque pays doit sortir victorieux d’une négociation ». Cette complexité qui obère les réussites  met à mal la confiance des citoyens dans la capacité européenne à progresser, or « la confiance s’en va au galop et ne revient qu’en marchant ».

Il est vrai que le modèle de société européen, ouvert et favorable aux échanges, subit les contrecoups du terrorisme, mais aussi de sa difficulté à répartir les fruits de la productivité du travail et du développement des échanges internationaux. Les salaires progressent peu et les écarts de revenus s’accroissent. Pourtant l’Europe s’en sort mieux que les Etats-Unis sur ce registre, on ne le dit pas assez.

A propos de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, Herman Van Rompuy déclare « qu’on le veuille ou non, le Brexit est une  amputation politique ».

L’idéal selon lui serait d’aboutir dans les négociations avant les élections européennes du printemps 2019, en conservant son sang-froid ! Les enjeux ne sont pas minces. L’avenir de 3,5 millions d’européens vivant au Royaume-Uni et de 1 million de britanniques vivant sur le continent en dépend notamment. Sur le plan budgétaire, le coût de sortie pour le Royaume Uni pourrait atteindre jusqu’à 60 milliards d’euros selon les calculs de la Commission. En matière d’échanges, 45 % du commerce du Royaume est orienté vers l’Europe, et 8 % inversement.

Ce ne sera pas facile, il y aura une période transitoire obligatoirement. Herman Van Rompuy suggère d’aboutir à une « Relation Spéciale » entre les deux futurs partenaires.

 

Concernant l’avenir de l’Europe, l’ancien Président du Conseil Européen estime qu’il passe toujours par des propositions du couple franco-allemand, bien partagées avec tous les partenaires. « L’Allemagne apporte son sens de la responsabilité, la France son sens de la solidarité ».

Mais face aux enjeux actuels le contenu du projet devra évoluer, avec une composante plus nette sur le plan militaire, le traité de Lisbonne le prévoit, avec un approfondissement de l’Union Economique et Monétaire, et enfin avec un sens de la présence de l’Europe dans le monde quand les Etats-Unis se replient (Politique du climat avec la Chine par exemple).

En conclusion de son intervention, Herman Van Rompuy estime que même si l’air du temps est morose, « il faut encore plus d’Europe », dans l’intérêt des européens eux-mêmes.