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Temps de lecture : 7 min

18/02/2026

La semence s’affirme dans un environnement à risques

« Au cœur des transitions agricoles et alimentaires, la filière française des semences s’impose plus que jamais comme un levier stratégique d’innovation, de souveraineté et de compétitivité pour l’ensemble des productions végétales.»

Résumé

En une décennie, la pépite que constitue la filière française des semences s’est renforcée et
consolidée, avec un chiffre d’affaires atteignant presque 4 milliards d’euros. Elle s’est également internationalisée, avec des flux commerciaux plus dynamiques et un excédent commercial bondissant à 1,3 milliard d’euros, malgré la fermeture de certains marchés.

La France continue d’attirer des semenciers du monde entier, avec son dense tissu d’acteurs dans la recherche, le développement, l’innovation et la multiplication de semences, ancrés dans les territoires. Son savoir-faire historique et son cadre de certification assurant la qualité des semences sont des points forts qui perdurent. Le rythme de l’innovation dans les entreprises ne faiblit pas, avec 11 % du chiffre d’affaires consacrés à la R&D en moyenne. Une telle dynamique est nécessaire et doit continuer à être soutenue par des dispositifs tels que le crédit d’impôt recherche (CIR) pour répondre à une multitude d’enjeux. Beaucoup d’acteurs regrettent l’offre variétale surdimensionnée des distributeurs qui, pour les semences de grandes cultures, ne font appel qu’à quatre centrales d’achat, exerçant une pression à la baisse sur les prix des semences des obtenteurs.

Certaines filières, bien structurées et à haute valeur ajoutée, ont depuis longtemps conscience de la contribution de la semence à leur chaîne de valeur et sont impliquées dans la sélection variétale. Aujourd’hui, les filières identifient mieux le maillon de la semence comme porteur de solutions pour des productions plus durables, moins utilisatrices de produits phytosanitaires, moins gourmandes en eau, décarbonées, compétitives, correspondant aux critères des process industriels de transformation et aux attentes des consommateurs. Aux côtés de variétés résistantes aux maladies émergentes et aux stress abiotiques, les entreprises semencières
doivent donc renforcer leur offre de plantes de services, couverts végétaux et légumineuses. L’engagement des filières vis-à-vis de la semence se manifeste également à travers les partenariats public-privé (PPP) : les acteurs de l’aval y sont aujourd’hui plus impliqués qu’il y a dix ans.

La baisse du nombre d’agriculteurs multiplicateurs et des surfaces en multiplication de semences reflète les difficultés de l’ensemble des agriculteurs de notre pays. Le moindre accès à l’eau et aux produits phytosanitaires, ainsi que l’augmentation des charges liées à l’énergie ont rogné les marges et réduit la compétitivité de la Ferme France. Pour quelques espèces (radis, épinard, trèfle violet), il est déjà devenu quasiment impossible de produire des semences sur notre sol. De plus, l’extension d’une partie de la production européenne de semences de maïs et de tournesol à l’Ukraine a permis de produire des semences aux prix très compétitifs et se retrouvant aujourd’hui sur le marché européen.

Les enjeux de compétitivité de l’agriculture française, de souveraineté agroalimentaire et
industrielle, d’atténuation et d’adaptation au changement climatique, de gain de valeur pour tous les maillons de la chaîne alimentaire (dont les agriculteurs) sont autant de défis qu’il ne sera pas possible de relever sans le levier de la semence.

Celui-ci est plus que jamais stratégique et ne doit se priver d’aucune innovation technologique
(nouvelles techniques génomiques, intelligence artificielle) ou organisationnelle (PPP, écosystèmes d’innovation).

Nos propositions

Pour les pouvoirs publics
  • Permettre aux sélectionneurs d’accélérer la création variétale en facilitant leur accès aux innovations les plus modernes et les plus pertinentes (dont les nouvelles techniques génomiques et l’intelligence artificielle), mais aussi au financement de la recherche (sécurisation du niveau du crédit d’impôt recherche, extension de la Contribution recherche et innovation variétale – CRIV – au-delà des céréales à paille, notamment aux plantes riches en protéines).
  • Dans une optique de santé publique « One Health/Une seule santé », inciter les filières à diversifier leur approvisionnement en produits agricoles et encourager la durabilité des productions, notamment à l’aide de paiements pour services environnementaux (PSE).
  • Sécuriser la production agricole en facilitant l’accès des agriculteurs aux moyens de production essentiels (eau, produits de santé des plantes) et aux outils d’aide à la décision (numérique, intelligence artificielle) qui intègrent les données de la semence avec les autres paramètres de conduite des cultures.
Pour les entreprises semencières
  • Communiquer sur leur rôle stratégique dans la sécurisation de l’alimentation des Français.
  • Améliorer leur notoriété dans les territoires où elles sont ancrées, en s’impliquant dans des actions locales telles que les projets alimentaires territoriaux (PAT).
  • Ne pas négliger les niches et les espèces orphelines (avoine, cameline, chicorée, féverole, lentilles, luzerne, pois, pois chiche, sarrasin, sorgho…) pour améliorer la biodiversité cultivée et l’approvisionnement local des filières, notamment grâce au levier de la CRIV.
Pour les agriculteurs
  • Sécuriser l’activité de multiplicateur de semences avec des contrats de moyen terme.
  • Dans les filières spécialisées, permettre aux agriculteurs utilisateurs de semences de s’organiser en collectifs pour dérisquer leur activité et augmenter leur pouvoir de marché dans la chaîne de valeur.