Points de vue
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09/03/2026
Des vaches et des voisins
Le Salon international de l’agriculture vient de fermer ses portes sur un bilan mitigé. L’absence des vaches, tenues à l’écart en raison de la dermatose nodulaire bovine, expliquerait en grande partie la baisse du nombre de visiteurs observée par les organisateurs.
Dignes héritiers de Jacques Chirac, les Français aiment à « flatter le cul des vaches » Porte de Versailles. Mais paradoxalement, ils n’aiment pas voir d’élevages dans le voisinage de leur habitat. Nos concitoyens aiment les agriculteurs…, mais de loin. Tout en apportant un soutien moral aux mouvements de contestation paysans, ils sont prompts à dénoncer des nuisances pourtant inhérentes aux activités agricoles.
L’espace rural, dont l’AFDR avait fait le thème de son congrès en 2011, échappe de plus en plus au contrôle des populations agricoles. Il est désormais l’objet d’usages multiples et concurrents, qui font que l’agriculture, quoi qu’omniprésente et répondant aux besoins essentiels de la population, n’est plus qu’un enjeu parmi d’autres à l’échelle des territoires. Certes, elle est décrite comme d’intérêt général majeur depuis la loi d’orientation du 24 mars 2025, mais cette promotion législative ne fera pas taire à elle seule les revendications des autres occupants et usagers des campagnes.
Le sujet est tellement sensible qu’il a donné lieu, au cours des dernières années, à deux textes législatifs remarqués : d’abord la loi du 29 janvier 2021, dite Maurice, du nom d’un célèbre coq oléronais, visant à définir et protéger le patrimoine sensoriel des campagnes françaises ; puis la loi du 15 avril 2024 revisitant, au profit des agriculteurs, la notion très prétorienne de trouble anormal de voisinage.
Il était sans doute nécessaire que l’AFDR et AGRIDEES se penchent sur ce sujet, ce que nous ferons à l’occasion de la vingt-troisième édition des Rencontres de droit rural, le 8 avril prochain rue d’Athènes. Le « vivre ensemble » sera au cœur des débats, ou peut-être le « produire ensemble ». Car les exigences de traçabilité des denrées alimentaires et de maitrise du bilan carbone imposent de produire localement dans un esprit de compréhension mutuelle. Ainsi, plutôt que d’opposer des mondes, selon une tendance lourde du moment, oeuvrons encore au rapprochement des préoccupations et des points de vue !