Agriculture, forêt et changement climatique : territorialisons nos actions ! Publié le 31 juillet 2020 par Jean-Baptiste MILLARD

Après une excellente année 2019, la récolte française de blé tendre est en berne en 2020, avec une production qui sera certainement inférieure à 30 millions de tonnes. Quant aux  herbages, ils deviennent de véritables paillassons suite au déficit hydrique de ces derniers mois. Ainsi éleveurs et céréaliers sont une nouvelle fois confrontés à des conditions climatiques défavorables, qui favorisent au demeurant la pression des ravageurs.

 

Chacun peut le constater, les années se suivent et se ressemblent toujours plus : des hivers doux, des printemps à la pluviométrie irrégulière, des étés chauds et secs. Et nous allons de record en record. Ainsi le premier semestre de l’année 2020 a été le plus chaud jamais enregistré en France et le mois qui s’achève restera comme l’un des mois de juillet les plus secs.

 

L’objectif de l’Accord de Paris de décembre 2015 tendant à contenir d’ici la fin du 21e siècle « l’élévation de la température moyenne de la planète nettement en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels et de poursuivre l’action menée pour limiter l’élévation des températures à 1,5°C » (article 2), sera très difficile à tenir. Pour s’en convaincre, il faut se pencher sur les prévisions climatologiques publiées au début de ce mois par l’Organisation météorologique mondiale (OMM), qui annonce que la température moyenne mondiale de chacune des cinq prochaines années (2020–2024) devrait être supérieure d’au moins 1 °C aux niveaux préindustriels (1850–1900) avec une probabilité de 20 % qu’elle la dépasse de 1,5 °C pendant au moins une de ces années.

 

Les agriculteurs et les sylviculteurs subissent de plein fouet les effets du changement climatique sur leurs activités. Dans ce contexte, l’adaptation de l’agriculture et de la forêt françaises et européennes devient une urgence qui nécessite de mobiliser l’ensemble des acteurs privés et publics.

 

Tous les leviers doivent être actionnés. La phase adaptative nécessite de repenser les techniques culturales, les assolements, les modes de conduite des troupeaux.  Elle impose notamment d’investir massivement dans la recherche variétale, les outils d’aide à la décision, l’irrigation de précision. Elle oblige à retravailler dans les terroirs l’ensemble des cahiers des charges des produits sous signes officiels de qualité. Elle exige encore d’améliorer les outils de gestion de l’entreprise agricole, qu’ils soient assurantiels, financiers ou fiscaux.

 

La réflexion est d’autant plus délicate qu’elle impose une approche territoriale, plus que nationale ou européenne. Les agricultures et forêts de chaque région rencontrent en effet des problématiques qui leur sont propres et qui exigent des réponses sur-mesure.

 

Et non seulement agriculteurs et sylviculteurs doivent s’adapter mais il est attendu d’eux, peut-être plus encore que des autres secteurs économiques, une forte contribution à l’atténuation du changement climatique, en décarbonant leurs activités et en stockant le carbone dans leurs sols. Là encore les initiatives et solutions seront locales.

 

Le think tank agridées, en traitant le thème « Entreprise agricole et défi climatique » à l’occasion de sa conférence d’Assemblée générale le 29 septembre prochain, et en proposant à ses adhérents à la rentrée un nouveau groupe de travail consacré aux « outils techniques d’atténuation et d’adaptation face au changement climatique », souhaite contribuer positivement pour relever le défi du siècle.

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