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23/03/2026
CNIEL : partager les données de la filière laitière en confiance
L’interprofession laitière vient de proposer un nouvel outil d’accompagnement des professionnels de la filière et de leurs partenaires (éleveurs, transformateurs, conseillers, startups, chercheurs et consommateurs). C’est un guide de référence simple et pédagogique pour les sensibiliser et les aider à s’approprier les règles et les bonnes pratiques du partage des données.
En effet, les acteurs de la filière laitière, et en particulier les éleveurs, se sont rapidement appropriés de nombreux outils numériques, mais demeurent méfiants sur le devenir et les usages des données en circulation. Ces technologies étant relativement nouvelles et les règles d’usages pas assez connues et en construction, les éleveurs restent partagés entre les craintes d’usages abusifs et un enthousiasme justifié par les meilleures performances permises par ces outils.
Selon l’enquête « Sm@rt élevage » de l’Idele, 92 % des éleveurs laitiers sont équipés d’au moins un objet connecté : capteurs embarqués (détecteurs de chaleurs, monitoring de l’alimentation, détection des vêlages), robotique (traite, racleurs de lisier, repousse fourrage) et monitoring de la traite, automatismes (distributeurs de concentrés, portes de tri), monitoring des bâtiments d’élevage (caméras, ventilation, capteurs d’ambiance), gestion du pâturage et des fourrages (stations météo connectées). Le volume et la diversité des données produites se sont considérablement accrus : données d’analyse du lait, de santé et de l’alimentation des animaux, de traçabilité et d’impact environnemental, d’informations sur les produits et les ventes…
Le partage et le traitement de ces données portent différentes promesses, depuis l’optimisation des pratiques jusqu’à l’amélioration des réponses aux attentes des consommateurs, en passant par le soutien à des démarches de qualité et d’exportation notamment. Selon l’enquête Sm@rt élevage, les éleveurs sont satisfaits de constater que ces outils leur permettent de gagner du temps et du confort de travail.
C’est dans ce contexte que le CNIEL a préparé un document de référence pour les éleveurs et les autres acteurs des filières, ainsi que leurs partenaires, daté de décembre 2025 et présenté lors du Salon international de l’agriculture 2026. Ce document, intitulé « Filière laitière & data – Partager les données de la filière laitière en confiance » et élaboré collectivement par les membres de l’interprofession, comprend à la fois des définitions (types de données, ceux qui les génèrent), une synthèse du cadre réglementaire européen (RGPD, Data Act, Data Governance Act) et une liste de bonnes pratiques de contractualisation pour partager les données en confiance et ainsi sécuriser leur circulation.
Plus précisément, selon ce document, un contrat doit préciser les éléments suivants :
- La liste des données traitées ;
- Le consentement (RGPD) ou l’autorisation (Data Act) correctement obtenue ;
- La finalité de l’utilisation des données et la mesure du bénéfice de chaque partie prenante ;
- Les destinataires et leurs conditions d’accès aux données ;
- Une clause de retrait précisant le moyen de retirer son accord pour protéger les droits de l’utilisateur ou de l’entreprise partageant ses données, ainsi que la durée du traitement et de stockage des données.
Il reste à l’interprofession laitière à diffuser largement ce guide de bonnes pratiques, jusqu’au plus près du terrain… et à le mettre à jour en tenant compte des évolutions réglementaires et technologiques. L’intelligence artificielle par exemple n’y est pas encore mentionnée, alors que de plus en plus d’outils commencent à l’intégrer et qu’elle exacerbe à la fois la puissance et la promesse des outils numériques, mais aussi les craintes des utilisateurs. Le règlement sur l’intelligence artificielle (AI Act) de 2024 pourra figurer dans une future version du document.
Enfin, diverses initiatives ont déjà tenté d’apporter des solutions de confiance, mais l’échec (temporaire ?) d’AgDataHub, plateforme d’intermédiation des données agricoles et agroalimentaires et de gestion du consentement au partage de données, montre que l’écosystème n’est pas stabilisé. Il manque une vision et une mobilisation collective des pouvoirs publics et des acteurs du monde agricole pour structurer ces outils et assurer la confiance des utilisateurs, pour que le numérique, et aujourd’hui l’intelligence artificielle, puissent se déployer efficacement et en sécurité.