3 questions à
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21/09/2026
Philippe Meinrad, président des Agriculteurs Composteurs de France
Les Agriculteurs Composteurs de France est un réseau de professionnels de la gestion et du traitement de la biomasse et la matière organique. Il regroupe 60 agriculteurs pour 41 entreprises et 46 plateformes réparties sur toute la France. Philippe Meinrad, agriculteur et président de l’ACF, nous éclaire sur le rôle méconnu mais tout aussi essentiel des agriculteurs composteurs.
1/ Un agriculteur composteur est-il d’abord un agriculteur, un producteur d’amendements organiques ou un opérateur de traitement des déchets ?
Oui bien entendu, les agriculteurs composteurs sont d’abord des agriculteurs.
- Le point déclencheur de ce nouveau métier repose sur le constat d’un manque de matière organique dans les sols agricoles et un besoin de solutions pour le recyclage et la valorisation des déchets organiques issus des territoires.
- Par cette nouvelle diversification, en tant qu’agriculteurs nous mesurons pleinement la nécessité de la maîtrise et du professionnalisme à mettre en œuvre pour aboutir à la production d’un amendement organique de qualité. C’est la condition absolue pour garantir et pérenniser notre outil de travail : notre sol.
- Enfin nous sommes liés au territoire sur lequel nous vivons, et pleinement motivés pour devenir acteurs dans le développement de nouvelles solutions de recyclage et de décarbonation tout en créant de la valeur pour nos fermes et notre territoire. On peut alors parler d’une économie circulaire et durable.
Être agriculteur composteur, c’est conduire 3 activités qui acquièrent une cohérence globale pour le territoire, et dont le 3ème pan est présenté de manière réductrice dans la question : je parlerais plutôt de partenaire local pour la valorisation des déchets organiques.
En tant qu’agriculteurs, le compostage est une activité de diversification amont destinée à assurer la pérennité économique de notre exploitation agricole, la pérennité agronomique grâce à l’apport de matière organique régulier, indispensable à la fertilité des sols. Lorsque nous avons mis en place cette activité, nous proposions une solution nouvelle pour les territoires, valorisant l’économie circulaire et maintenant l’activité, l’emploi et la valeur sur le territoire.
2/ Compostage et méthanisation se disputent-ils les mêmes matières organiques ou doivent-ils être considérés comme deux solutions complémentaires ?
Le compostage et la méthanisation sont une chance et une opportunité pour nos territoires. Ces 2 activités issues de procédés biologiques totalement opposés ont cependant le grand avantage d’être très complémentaires.
Le compostage nécessite d’utiliser des intrants plutôt ligneux (déchets végétaux des communes et paysagistes par exemple). Il est également très adapté pour le recyclage des boues de station d’épuration de nos territoires. Par son procédé il permet facilement de séparer différents lots en andains de compostage et de ce fait, garantir une traçabilité du producteur jusqu’à la parcelle qui reçoit le compost.
La méthanisation, par son procédé de digestion et son objectif premier de produire de l’énergie, s’orientera plus vers l’utilisation de déchets très fermentescibles (effluents d’élevage, cultures intermédiaires, biodéchets…).
En second plan, nous observons une très bonne complémentarité agronomique du compost et du digestat issu de la méthanisation. Le compost a un effet amendant en apportant au sol de l’humus stable. Et le digestat aura un effet fertilisant tout en apportant un peu de carbone au sol.
Le compostage et la methanisation sont donc une réelle opportunité pour permettre la résilience de nos territoires et de nos systèmes agricoles par rapport aux enjeux climatiques qui nous attendent.
3/ Quelle place les agriculteurs composteurs devraient-ils occuper dans les politiques agricoles, climatiques et de gestion des déchets à l’horizon 2030 ?
Notre activité est trop souvent observée de manière cloisonnée, la première question l’illustre d’ailleurs ! Les politiques devraient avoir une approche plus large et ne pas se limiter au coût d’opportunité économique de la valorisation des matières. Lorsqu’on parle de traitement de déchets, on oublie généralement l’impact pour la souveraineté alimentaire et le stockage carbone. La profession agricole se limite trop souvent aux seuls effets directs et visibles, mais n’intègre pas l’effet structurant et la résilience climatique. Enfin, l’usage de compost n’est, à ce jour, pas valorisé par les outils bilan Carbone s’appuyant sur la base de données Agribalyse.
Afin d’intégrer une approche plus large, il serait pertinent :
- De prioriser le retour au sol des matières organiques de qualité ;
- D’encourager l’usage agricole et accorder une valeur à la matière organique ;
- Proposer des outils bilan carbone cohérent avec l’impact réel sur le climat.
L’ouverture des discussions autour de la révision de la PAC est une opportunité d’une meilleure prise en compte des contreparties positives de l’usage des engrais organiques produits localement. Ce serait un levier efficace d’accompagnement de l’agriculture dans sa décarbonation.