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Temps de lecture : 3 min

18/03/2022

EGALIM 2 : L’attente de l’apprêt

Les négociations commerciales annuelles entre industries alimentaires et grande distribution, dans le cadre de la nouvelle loi « EGALIM 2 » du 18 octobre 2021 visant à protéger la rémunération des agriculteurs, se sont achevées le 1er mars 2022[1].  Il semblerait que les augmentations acceptées par le commerce soient globalement de l’ordre de 3%. Une simple étape. Le retour dès fin 2021 de l’inflation, fortement accélérée ensuite par les graves conséquences du conflit en Ukraine, rebat structurellement les cartes. Les enjeux ne sont plus les mêmes.

La loi EGALIM 2 visait à corriger les insuffisances de la loi précédente de 2018, EGALIM 1, afin de mieux cheminer au milieu des affres habituelles des négociations alimentaires industries/commerce, et soutenir l’agriculture. Pour ce faire, elle a définitivement imposé une contractualisation écrite pluriannuelle intégrant à la fois des indicateurs de coût de production et des indicateurs relatifs aux prix des produits alimentaires sur les marchés débattus, décidé de la sanctuarisation de la part agricole dans la négociation du tarif de l’offre alimentaire ( transparence) avec clause de révision automatique, prévu une clause de renégociation selon la fluctuation des prix…Au total une loi à l’ambition louable mais complexe à appliquer, tardive par rapport aux échéances du calendrier de négociation, partielle quant à son champ d’application. Une loi qui visait à positivement desserrer les contraintes d’une décennie de déflation des prix alimentaires, dont les agriculteurs étaient certes les premières victimes, mais pas les seules. Une loi votée à un moment où l’inflation n’était pas du même registre que celle d’aujourd’hui.

A titre d’exemple l’indice IPAMPA, qui tient compte en France des prix d’achat des moyens de production agricole, a crû de 9% en moyenne annuelle en 2021. Au niveau mondial en 2021, selon la Banque Mondiale, les prix de l’énergie ont augmenté de 69% et ceux des engrais de 80%. C’est important, mais c’était en 2021, avant le conflit en Ukraine, avant la forte hausse internationale des prix de l’énergie, des métaux, des produits agricoles et alimentaires de base.

Dès lors, les débats qui agitent aujourd’hui la chaîne alimentaire relèvent des conditions de la souveraineté alimentaire, de la réduction de la dépendance énergétique, de la confirmation d’une sécurité alimentaire proposée aux pays voisins. La loi EGALIM, en se focalisant sur la rémunération des producteurs, certes à juste titre pour ces derniers, laisserait croire que la chaîne alimentaire n’est constituée que des producteurs et de la distribution. Or au centre des filières il y a toutes les entreprises de commerce, les industries de transformation qui créent de la valeur ajoutée et démultiplient l’offre, et subissent également la vague inflationniste. Plus généralement le débat sur les prix n’épuise en rien la discussion plus large de la création de valeur, des conditions du dynamisme entrepreneurial et de l’impératif de la compétitivité. Sans oublier qu’in fine les consommateurs décident.

Il s’agit aujourd’hui à la fois de parer au plus pressé et de s’orienter différemment pour l’avenir. Le Gouvernement vient le 16 mars 2022 de lancer son Plan de résilience économique et sociale[2]. Pour la chaîne alimentaire il y est prévu de réouvrir une période de négociations commerciales et c’est heureux tant les tensions inflationnistes sur les produits mais aussi leurs conditions d’offre (emballages, logistique, énergie…) sont importantes.

Et après ? Faut-il un EGALIM 3 ? Il faudrait s’interroger sur les risques qui escortent les tentations d’une économie qui de contractualisée se rapprocherait d’administrée c’est à dire de ne viser en réalité qu’une partie des circuits de consommation alimentaire (GMS versus RHF) et de favoriser les importations. Par ailleurs les arbitrages de pouvoir d’achat des Français vont plus les rapprocher des circuits du discount et des promotions que de l’offre variée des compléments de gammes, de la différenciation voire de la premiumisation. Le budget revient au centre du jeu, les filières à prix plus élevé vont devoir se justifier, les équilibres personnels consommateur/citoyen évoluer.

Il faudrait souhaiter une bonne seconde couche d’apprêt d’EGALIM 2, avec de nouvelles négociations qui se déroulent dans un état d’esprit constructif et responsable, plutôt qu’une rigidité supplémentaire qui serait contreproductive à terme pour toute la chaîne alimentaire.


[1] Article Y. Le Morvan 21/01/2022 « EGALIM 2 : jusqu’où la loi peut-elle décréter ? »

[2] https://www.gouvernement.fr/sites/default/files/contenu/piece-jointe/2022/03/dossier_de_presse_-_plan_de_resilience_economique_et_sociale_-_16.03.2022.pdf