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02/10/2026
Exportations brésiliennes vers l’UE : vous ne passerez pas ?
Bien que l’accord commercial entre l’Union européenne et les pays du Mercosur s’applique de façon provisoire depuis le 1er mai 2026, la route vers le marché européen reste semée d’embuches pour certains produits brésiliens non conformes aux règles communautaires. Il s’agit, notamment des viandes bovine et de volaille, faute de garanties suffisantes apportées par Brasilia en matière d’utilisation d’antimicrobiens. L’occasion de rappeler que les politiques de libre-échange n’exonèrent pas les partenaires commerciaux de garanties sanitaires.
Le Brésil, un partenaire commercial de premier plan
Première puissance d’Amérique latine, le Brésil a bâti une part significative de son économie sur la production agricole et agroalimentaire, tournée vers l’export. Il se place ainsi comme premier partenaire commercial de l’Union européenne en matière de denrées alimentaires, briguant 10% des importations totales en 2025 pour une valeur de près de 18,6 milliards d’euros, en hausse de 5% par rapport à 2024[1].
Outre le soja et le café qui constituent le plus clair des importations européennes en provenance du Brésil, en valeur comme en volume, celles de viande bovine et de volaille occupent également une place de premier plan. Elles s’élevaient l’année dernière à près de 120 000 tonnes équivalent carcasse (tec) pour la première, et 265 000 tec pour la seconde. Cela représente respectivement 25% et 29% des importations de viande bovine et de volaille en provenance de pays tiers[2] [3].
Par ailleurs, ces valeurs seraient susceptibles de se renforcer, le Brésil étant perçu comme le principal bénéficiaire des quotas à droits de douane réduits (99 000 tonnes de viande bovine, 180 000 tonnes de volaille) prévus par l’accord commercial UE-Mercosur[4]. Un sujet de crispation pour les agriculteurs européens qui ont exprimé à de nombreuses reprises leur préoccupation quant à la conformité de ces produits avec les standards européens, dénonçant une forme de concurrence déloyale.
Des standards sanitaires européens élevés et protecteurs
En matière de sécurité sanitaire des aliments circulant au sein de son marché unique, l’Union européenne dispose d’une compétence normative particulièrement étendue visant à garantir un niveau élevé de protection de la santé humaine (TFUE, art. 4, 114, 168, 169). Les produits importés de pays tiers doivent ainsi respecter les mêmes exigences sanitaires que celles applicables aux producteurs européens. Conformément à ce principe, l’Union est habilitée à conditionner l’accès à son marché au respect de ces exigences.
Concernant les normes relatives à l’emploi d’antimicrobiens dans l’élevage, le règlement (UE) 2019/6[5], art. 118 §1, proscrit leur utilisation comme facteur de croissance ainsi que l’utilisation de substances réservées à la médecine humaine dans le cas des animaux ou produits d’origine animale exportés à partir de pays tiers vers l’Union. Cet article est précisé par le règlement délégué (UE) 2023/905[6] qui prévoit les modalités de contrôle de cette interdiction dans les pays exportateurs.
Sur ces fondements, la Commission européenne a considéré que les autorités brésiliennes n’avaient pas fourni les garanties nécessaires pour attester que les filières viande bovine et volaille, mais également œufs, miel, équidés et aquaculture, respectaient les exigences relatives à l’utilisation des antimicrobiens et à la lutte contre l’antibiorésistance. Le règlement d’exécution (UE) 2026/1189[7] est ainsi venu retirer le Brésil de la liste des pays tiers en provenance desquels l’envoi de certains animaux ou produits d’origine animale destinés à la consommation humaine est autorisée, avec application à partir du 3 septembre 2026.
Vers une normalisation de la situation ?
Les viandes bovines et de volaille brésiliennes n’arrivent donc plus depuis un mois sur le marché européen. Sans surprise, le timing de cette mise au ban dans la foulée de l’application provisoire de l’accord commercial UE-Mercosur à compter du premier mai dernier laisse un goût amer outre-Atlantique. Les producteurs européens peuvent quant à eux y voir un signe positif en faveur du respect de la réciprocité des normes, bien qu’insuffisant pour répondre au déficit de compétitivité de leurs entreprises vis-à-vis de leurs homologues brésiliens.
L’interdiction pourrait toutefois être de courte durée pour certains produits après qu’un rapport d’audit favorable a été rendu par la DG Santé le 28 septembre, suite à des inspections menées sur les filières volaille et miel. Brasilia semblerait alors s’être mise au diapason des exigences européennes, bien que la reprise des exportations vers l’UE reste subordonnée à un vote des représentants des Etats membres en ScoPAFF[8], dont la prochaine réunion se tiendra les 19 et 20 octobre. S’agissant de la viande bovine, elle ne devrait pas faire son retour avant deux ans, le temps que les éleveurs brésiliens produisent un nouveau cycle d’animaux conformes aux normes antimicrobiennes.
En toute hypothèse, leurs voisins argentins, paraguayens ou uruguayens seront tout à fait en mesure de remplir leurs quotas prévus par l’accord UE-Mercosur, n’étant pas, pour leur part, frappés d’interdiction d’exportation. Il ne devrait pas y avoir de pénurie de volailles non plus, même en France où un poulet sur deux est importé[9].
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[1] EC (2026), Monitoring EU agri-food trade. European Commission, DG Agriculture and Rural Development, Brussels.
[2] Beef trade, DG Agriculture and Rural Development, Brussels.
[3] Poultry trade, DG Agriculture and Rural Development, Brussels.
[4] Quentin Mathieu, « Signature de l’accord Mercosur, du troc de fer au troc agricole », Agridées, 16/12/2024.
[5] Règlement (UE) 2019/6 du Parlement européen et du Conseil du 11 décembre 2018, JO L4 07/01/2019.
[6] Règlement délégué (UE) 2023/905 de la Commission du 27 février 2023, JO L 04/05/2023.
[7] Règlement d’exécution (UE) 2026/1189 de la Commission du 4 juin 2026, JO L 05/06/2026.
[8] Comité permanent des végétaux, des animaux, des denrées alimentaires et de l’alimentation animale.
[9] Yves Le Morvan, « Souveraineté alimentaire ? Le cas poulet », Agridées, décembre 2023.