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Temps de lecture : 3 min

18/10/2021

La filière sorgho européenne s’organise

Le 3eme congrès européen du sorgho s’est tenu à Toulouse les 12 et 13 octobre 2021, après ses premières éditions de 2016 à Bucarest et Milan en 2018. Tout comme en 2018, c’est notre think tank qui a été choisi pour animer cet événement international réunissant plus de 150 personnes. Voici les principaux enseignements de ce congrès.

Cinquième céréale produite dans le monde, le sorgho est encore une production mineure : environ 60 millions de tonnes sont produites dans le monde, dont seulement 1 % en Europe. Cependant, cette culture devrait se développer sur notre continent dans les années à venir. Anticipant cette tendance, la filière semences de qualité se mobilise et augmente sa production, en particulier en France, pays leader au niveau européen.

Les facteurs favorables au déploiement de la production de sorgho en Europe sont d’abord l’évolution du climat : la zone favorable à la culture de sorgho en termes de températures et de précipitations devrait s’étendre et se décaler vers le nord, puisqu’elle est peu sensible aux fortes chaleurs et aux faibles disponibilités en eau. Attention toutefois aux extrêmes, même pour cette céréale africaine, qui a, comme tous les végétaux, besoin d’eau pour se développer.

Ensuite, le sorgho est une plante qui s’intègre déjà bien dans les rotations culturales plus longues et plus diversifiées pour ses qualités agronomiques : gestion des adventices et des ravageurs, bonne valorisation de l’azote. De plus, le sorgho fourrager peut être utilisé en alimentation animale sous diverses formes : pâturage, enrubannage ou ensilage (notamment en association avec le maïs). Dans la moitié sud de la France, le sorgho pâturé est notamment une bonne source de fourrages pour les animaux pendant la période estivale où peu d’autres fourrages sont disponibles, et du fait de sa croissance rapide.

Enfin, la diversité des valorisations possibles pour cette plante est un atout. Si elle est majoritairement utilisée en alimentation des animaux d’élevage (porcs et volailles) du fait de sa bonne teneur en amidon et en protéines, elle pourrait se développer également pour alimenter les animaux de compagnie, comme c’est déjà le cas aux Etats-Unis. La valorisation en alimentation humaine est minoritaire en Europe, mais bien connue en Afrique de l’Ouest et en Chine en particulier, sous des formes variées. Ces filières sont prometteuses sur notre continent en raison de la végétalisation des régimes alimentaires, de la demande croissante pour les aliments sans gluten chez les populations intolérantes et de la bonne valeur nutritionnelle du sorgho (antioxydants et acides aminés essentiels).

Dernier type de transformation encore marginal mais prometteur : les bioénergies. Le sorgho cultivé en CIVE (culture intermédiaire à valorisation énergétique) commence à être utilisé dans les méthaniseurs, en particulier dans les Hauts de France. La production de bioéthanol à partir de sorgho est déjà réalisée au Brésil et aux Etats-Unis. Cette voie pourrait se développer en France et en Europe, la culture du sorgho étant a priori compatible avec les critères de durabilité requis par les autorités européennes pour la production de biocarburants.

Propositions :

Le potentiel est donc bien réel. Que manque-t-il donc pour construire de véritables filières sorgho en Europe ? Différentes propositions ont été formulées lors de ce congrès :

  • Information: Poursuivre les efforts d’acculturation de tous les acteurs de la production, de la transformation, de la distribution et des consommateurs eux-mêmes aux atouts du sorgho ;
  • R&D: Mettre en place un partenariat public-privé entre acteurs européens et internationaux pour accélérer la recherche et le développement de variétés adaptées productives, durables et adaptées aux qualités requises par les filières de transformation ;
  • Marchés:
    • Instaurer une cotation européenne du sorgho. A ce jour, il n’existe qu’un cours régional à Bologne (Italie). Un cours européen du sorgho, comme il en existe aux Etats-Unis, apporterait une meilleure visibilité du marché aux producteurs et aux transformateurs ;
    • Faire se rencontrer les acteurs économiques de l’offre et de la demande, et les acteurs de la recherche avec ceux des filières de la production et de la transformation ;
  • Filières:
    • Développer l’offre de sorgho bio, de la semence à la distribution en passant par la production et la transformation, pour répondre à la demande croissante des consommateurs ;
    • Développer de nouvelles voix de valorisation : bioénergies, alimentation humaine et des animaux de compagnie.

Ces recommandations sont autant de voies à explorer et à déployer pour Sorghum ID, jeune organisation européenne du sorgho d’ici au prochain congrès, dont la date et le lieu restent à déterminer.