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Temps de lecture : 3 min

22/02/2022

L’économie française dans le miroir des échanges extérieurs

Début février 2022, la publication des résultats du commerce extérieur de la France a provoqué une flambée de titres alarmants dans la presse pour commenter le déficit record de la balance commerciale, 84,7 milliards d’€, selon les statistiques des Douanes Françaises. Cette actualité a éclipsé la publication d’autres données qui relativisent le creusement du déficit commercial.

Tout d’abord, la balance des paiements 2021[1] a connu une forte réduction du déficit du compte des transactions courantes ramené à 25,8 milliards d’€ contre 43,7 en 2020, année fortement impactée par la crise sanitaire. Cela résulte en particulier d’un fort rebond de la balance positive des services qui marque un excédent de 35,7 milliards contre 16,4 en 2020. Par ailleurs la dégradation de la balance commerciale résulte pour une bonne part de l’augmentation des prix de l’énergie responsables d’un déficit supplémentaire de 16,2 milliards d’€. Enfin la reprise des activités économiques, soit une progression de 7% du produit intérieur brut, a suscité une forte hausse des importations (+18,8%) à un rythme supérieur aux exportations (+14,8%). Il s’est agi à la fois de satisfaire l’augmentation des dépenses des ménages (+2,8%), mais aussi de répondre à l’évolution des investissements productifs (+8,6%) et des consommations intermédiaires (+7,5%).

Ainsi les échanges extérieurs donnent une image assez précise de l’état de l’économie française : forte dépendance énergétique, poursuite de la désindustrialisation, et performance dans les activités de services.

Les secteurs agricoles et agroalimentaires ont pour leur part contribué à atténuer le déficit commercial global en affichant un excédent de 8,2 milliards d’€, soit une augmentation de 2,0 milliards par rapport à 2020[2]. L’analyse des données permet de porter un diagnostic sur les degrés de compétitivité relative par zone et par grand secteur d’activités. L’excédent commercial avec les pays tiers de 10,3 milliards est largement le fruit de la performance à l’exportation du secteur des vins et spiritueux, notamment avec la reprise des ventes sur le marché des États-Unis. Dans le même temps, les importations des produits bruts en provenance des pays tiers accroissent leur déficit (-2,4 milliard d’€) avec en particulier les achats de viandes et des produits de la pêche. Les échanges avec les partenaires de l’Union Européenne se soldent par un déficit de 2,1 milliards dû à l’écart entre l’excédent des produits agricoles bruts (+3,2 milliards) et le déficit des produits transformés (-5,3 milliards).

Globalement, les échanges commerciaux des produits de l’agriculture et de l’élevage expliquent pour l’essentiel la dégradation relative de l’excédent pour ces produits, +833 millions en 2021 contre 1,454 milliards en 2020. Quant aux produits transformés (+7,3 milliards), ils ont bénéficié, comme on l’a vu précédemment, du solde très positif des vins et spiritueux (14,6 milliards en 2021 contre 11,3 en 2020) qui compense à hauteur de 50% les déficits totalisés par les autre secteurs.

Pour l’agriculture et l’agroalimentaire, la reprise économique a joué un rôle révélateur des forces et des faiblesses de ces secteurs comme le signalait l’examen approfondi de la « Compétitivité des filières agroalimentaires françaises » publié par FranceAgriMer en juin 2021[3]. En effet l’érosion tendancielle du solde commercial au cours des dix dernières années traduit une perte de compétitivité tant à l’exportation que sur le marché intérieur.

Si les coûts de la main d’œuvre, la moindre progression de la productivité, la fiscalité, les bas niveaux de marge, les niveaux de formation des salariés ou encore les exigences des politiques environnementales figurent parmi les faiblesses, l’image des produits français et les différents signes de qualité qui les accompagnent représentent toujours des atouts commerciaux.

Le rebond économique de 2021 a dopé la consommation intérieure en faisant largement appel aux introductions en provenance des pays de l’UE et aux importations en provenance de pays tiers, dans la mesure où l’appareil productif français, bridé par ses faiblesses structurelles, n’était pas en mesure de satisfaire le surcroît de la demande. Les défauts de compétitivité sont particulièrement marqués pour les produits transformés sur le marché européen, et les produits de l’agriculture et de l’élevage sur le marché mondial.

Ce diagnostic sans fard de l’état de l’agriculture française appelle des réformes structurelles concernant l’organisation économique de l’agriculture et de l’agroalimentaire, la progression et l’orientation des investissements et la construction des compétences, de préférence aux traitements législatifs et réglementaires de la répartition de la valeur entre les acteurs des filières, dont les iniquités ne sont que les symptômes de causes plus profondes.


[1] https://www.banque-france.fr/sites/default/files/medias/documents/fr_bdp_stat_info_decembre_2021_fr.pdf

[2] https://agreste.agriculture.gouv.fr/agreste-web/download/publication/publie/IraCex22016/2022_16inforapcommerceext.pdf

[3] https://www.franceagrimer.fr/content/download/66944/document/20210623_Rapport%20compétitivité%202020.pdf