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Temps de lecture : 4 min

01/04/2022

Marchés des grains : Plats chinois et montagnes russes

INTERCEREALES a tenu sa matinée annuelle « Export » concernant les marchés internationaux céréaliers le 23 mars 2022. Ces travaux ont été ouverts par Franck Riester, Ministre délégué chargé du Commerce extérieur et de l’Attractivité, qui a souligné l’importance de la filière céréalière dans la balance du commerce extérieur français, avec une contribution positive de 5,6 milliards d’€ pour 2021. Bien entendu il a abordé les conséquences de la guerre en Ukraine, la situation géopolitique, les risques de crise alimentaire, notamment sur tout le continent africain, et l’annonce de futures initiatives internationales en faveur de la sécurité alimentaire. Quant à l’Union européenne, sa stratégie collective vise à rechercher son autonomie alimentaire, « il est clé de pouvoir produire plus », a-t-il affirmé.

Franck Riester, Ministre délégué chargé du Commerce extérieur et de l’Attractivité

 

Depuis le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, il a été partout répété l’importance décisive pour l’équilibre des bilans mondiaux, de la production et de la commercialisation de grains et graines à partir de la région de la mer Noire. La Russie s’est révélée être le principal exportateur mondial de blé depuis plusieurs années, l’Ukraine y joue un rôle de premier plan tant en blé qu’en maïs, tournesol, orge… Pour des raisons logistiques évidentes, les pays de la rive sud de la mer Méditerranée sont très exposés, dont l’Egypte, premier importateur mondial de blé dépendant à plus des 3/4 de cette double origine qui s’est pratiquement tarie. Les prix sont au sommet, mais plus encore chacun retient son souffle quant à l’achèvement de la campagne en cours.

L’Union européenne, qui se fournit d’ailleurs elle-même en Ukraine pour du maïs, du blé principalement fourrager, du tournesol… et des semences, tire les conséquences de cette situation en étirant sa conception de souveraineté alimentaire vers une stratégie plus large de sécurité alimentaire. En effet, de quelle épaisseur serait le tissu de notre souveraineté au contact de pays voisins du sud en état grave d’insécurité alimentaire, et donc politique ?

Qu’on le veuille ou non, l’histoire en marche impose de revisiter les choix de politique agricole les plus récents et principalement de « Farm to fork » dont tout le monde sait qu’ils amèneraient la nouvelle PAC vers une réduction de la production agricole globale européenne de l’ordre de 15%. Il est malheureux de voir aujourd’hui s’étaler des débats de posture entre supposés productivistes et néo-contempteurs d’une agriculture « industrielle » ; pour quel projet ? Quand le monde a faim, il faut bien le nourrir, et tout de suite, les théories attendront.

 

Alors, puisque l’Europe évolue d’une pensée de stricte souveraineté alimentaire continentale vers une sécurité alimentaire grand-régionale, remettons une pièce supplémentaire dans la machine à réflexion. Lors de la matinée export d’INTERCEREALES, Monsieur LI Zhao Yu du Bureau de Beijing (Ex France Export Céréales) a clairement expliqué la stratégie agricole et alimentaire chinoise. Du fait d’une surface agricole utile relativement contrainte (120 millions d’hectares) par rapport à une population de 1,4 milliard d’habitants, la Chine a privilégié une stratégie d’autonomie ou d’autosuffisance pour les grains, elle a réussi à être le premier producteur mondial en blé, en riz, et le deuxième en maïs. Cela ne l’a pas empêché d’importer « à la marge » 50 millions de tonnes de maïs, blé, orge…en 2021. Par contre en oléagineux, en soja, la priorité donnée à la production céréalière entraine un immense besoin d’importation, proche de 100 millions de tonnes par an. Malgré l’efficacité des politiques chinoises, l’urbanisation, le changement climatique et l’avancée de la désertification, les problèmes de ressources en eau accentueront ces besoins extérieurs. D’autant que les consommateurs chinois apprécient de plus en plus dans leurs plats la viande (68,7 Kg/Habitant/an en 2020) ; les ressources pour la nutrition animale deviennent clé.

 

Même si une certaine forme de mondialisation est en train de disparaître sous nos yeux, les nécessités alimentaires mondiales à assumer demeurent. Certes avec des choix d’organisation différents mais avec des marchés qui demeurent connectés, par les volumes et les prix. Les politiques agricoles reprennent tout leur sens et leur noblesse, après une période de laisser-faire qui nous rend dépendants de cycles extérieurs. Mais il serait étonnant que ce soit pour ne pas produire.