Marché du blé : montagnes russes à l’horizonPublié le 3 septembre 2020 par Yves LE MORVAN

Décidement les années se suivent et ne se ressemblent pas.

 

Source : Senalia

En blé tendre la campagne 2019/20 avait été marquée en France par une belle récolte, tant en volume à 39,5 millions de tonnes,  qu’avec une qualité notable. La conséquence a été une campagne d’exportation d’un niveau exceptionnel malgré l’impact organisationnel sur les entreprises et leurs salariés du COVID-19. Ainsi, selon les statistiques douanières compilées par France Export Céréales, la France a exporté en 2019/20 un record de 13,5 MT de blé vers les Pays-Tiers, dont 5,6 MT vers l’Algérie, de loin notre premier client, 1,8 MT vers le Maroc et le retour à des achats importants de la Chine à 1,6 MT et de l’Egypte à 0,9 MT. A cela se sont ajoutées des ventes vers l’Union européenne supérieures à 7 millions de tonnes, dont 3,8 à destination du Benelux. Sur cette campagne passée, l’UE a exercé un leadership mondial en blé (37/38 MT) avec une forte contribution française, quand la Russie a préféré plafonner ses exportations, à un niveau certes élevé (34 MT).

 

 

La nouvelle campagne 2020/21 qui ne fait que débuter est déjà marquée en France et souvent en Europe par des aléas climatiques qui ont à la fois participé à réduire la sole et impacté les rendements. La production française de blé tendre sera ainsi à peine supérieure à 29 MT, soit 10 MT de moins que l’an passé, les régions du grand Ouest et d’Atlantique étant les plus touchées. Inversement dans le monde, des pays qui avaient subi de forts aléas l’an passé comme l’Australie reviennent sur le devant de la scène, alors que la Russie poursuit son ascension des cols avec une production de blé supérieure à 80 Mt, dont presque la moitié sera exportée, selon Agritel, soit le maillot jaune assuré de l’exportation en fin de campagne pour cette céréale.

 

Source : Nord Céréales

 

Le monde ne manquera ni de grains ni de graines, la production mondiale de maïs et de soja s’annonçant volumineuse grâce aux Etats-Unis et au Brésil. En blé, l’offre internationale à l’exportation sera peu ou prou du même niveau mais avec une répartition très différente de la campagne passée. Pour donner un exemple, la France commercialisera sur pays-Tiers environ 15% des ventes russes. Une colline face à une montagne.

 

La France assurera ses engagements vis-à-vis de ses clients majeurs, mais dans des proportions moindres. Il faudra reconquérir des parts de marché l’année prochaine. D’où la nécessité d’offrir les meilleurs services tout au long de cette campagne. La volatilité climatique impose la pérennité de la présence.

 

Quant aux prix du blé, entre un dollar qui s’affaiblit et une offre internationale correcte au niveau mondial, il ne faut sans doute pas s’attendre aux grands frissons des montagnes russes.