Se passer du cuivre en bio ?Publié le 19 janvier 2018 par Yves LE MORVAN

Le cuivre est utilisé en agriculture pour combattre différentes maladies fongiques et bactériennes. Il est particulièrement important en agriculture biologique où, en l’absence de fongicide de synthèse, il constitue la seule matière active contre ces agressions, qui plus est avec une large gamme d’action. Le cuivre est homologué pour plus de 50 « usages », c’est-à-dire sur des couples cultures/agents pathogènes. On relèvera 3 usages majeurs : le mildiou de la vigne, le mildiou de la pomme de terre et la tavelure du pommier. Cependant une application répétée du cuivre pour ses effets phytosanitaires peut être source de pollution des sols avec des effets phytotoxiques sur les plantes et écotoxiques  sur les communautés microbiennes voire certains composants de la faune au sol.

 

Les effets environnementaux négatifs des produits à base de cuivre ont d’ores et déjà motivé des restrictions réglementaires d’usage. Ainsi en France la dose maximale est de 6 kg/ha/an de cuivre métal. Pour rappel la consommation moyenne française en bio en année de faible pression est de 3 kg/ha/an, 5 kg en année de forte pression. Certains pays ont déjà interdit les utilisations de cuivre en phytosanitaire tels les Pays-Bas et le Danemark. Le sujet devient crucial, d’une part il s’agit de savoir comment réduire la dépendance de l’agriculture bio à ce produit, avec une forte demande sociétale, d’autre part le cuivre en tant que matière active est actuellement soumis à procédure de ré-homologation européenne, avec décision prévue en 2018. Ensuite viendra le temps des éventuelles nouvelles demandes d’autorisation sur le marché, au niveau national.

 

L’INRA et l’ITAB avaient donc lancé une expertise scientifique collective afin de réaliser un bilan pluridisciplinaire et proposer d’éclairer les politiques publiques. Le contenu a été délivré lors d’un colloque organisé le 16 janvier 2018.

 

Résultat : Il n’y a pas de solution ou de produit miracle pour se substituer au cuivre. Pour en réduire l’utilisation, au-delà de bonnes conditions d’application, il faudra combiner des méthodes à action directe (biocides naturels, microorganismes de lutte bio…), stimuler la défense des plantes, mettre en œuvre des pratiques agronomiques de prophylaxie (gestion de résidus…) ou d’évitement (bâchage…) et enfin travailler sur des variétés résistantes. Chaque élément ayant une efficacité partielle.

 

En conclusion, Philippe Mauguin, Pdg de L’INRA, a souligné qu’il est aujourd’hui  possible de réduire de près de 50% les doses de cuivre, avec une efficacité identique, dans des conditions de pression normale. Pour réfléchir au-delà, il propose de lancer des projets de reconception , sous forme de prototypes de systèmes de protection « zéro cuivre ».

 

La suppression du cuivre demeure un objectif difficile.