Agridées

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3 questions à

Temps de lecture : 4 min

14/09/2022

Eddy Fougier

Eddy Fougier, politologue et consultant indépendant spécialisé dans les mouvements contestataires, nous parle de sa Note  : ‘Agriculture et société, changeons de regard ’.

1/ Eddy Fougier, vous avez créé il y a un an ‘L’observatoire du positif ‘ que vous présentez comme le premier ‘think tank du positif,’ quel bilan tirez-vous de cette première année ?

L’Observatoire du Positif a commencé à prendre forme de façon très discrète au début de l’année 2021 avec la création d’un compte Twitter dans un contexte encore marqué par la pandémie de Covid-19, avant de se structurer véritablement au printemps 2022 avec notamment le lancement d’un site web. Ce n’est pas seulement un « média » qui diffuse quotidiennement des informations positives, comme il en existe beaucoup désormais. C’est aussi un « think tank du positif » qui propose en particulier des analyses qui se veulent à la fois réalistes et « positives » dans une période particulièrement compliquée (Covid-19, climat, guerre en Ukraine…), ce qui n’existe pas vraiment en tant que tel à ma connaissance en France. Il est sans doute encore bien trop tôt pour tenter d’établir un bilan. J’ai reçu néanmoins de nombreuses réactions positives. Cette initiative semble répondre à un besoin d’informations et d’analyses plus « positives », en tout cas d’un autre regard que ce que l’on peut lire ou entendre dans les médias traditionnels, dans l’édition, sur les réseaux sociaux ou même dans le cadre professionnel.

 

2/ Vous avez rédigé la Note : ‘Agriculture et société, changeons de regard ’ dans laquelle vous analysez un certain nombre de biais dans la perception que la société a de ses agriculteurs et vice versa, lesquels vous paraissent les plus influents ?

Cela fait quelques années maintenant que j’observe les débats, et les nombreuses controverses, autour des enjeux agricoles, les protagonistes de ces débats et polémiques, les réactions d’un certain nombre d’agriculteurs sur les réseaux sociaux numériques ou dans le cadre de mes diverses activités professionnelles. Cela m’a amené à prendre conscience du fait que l’agriculture a été atteinte par le virus de l’idéologie, de la politisation et de la polarisation idéologique avec des camps retranchés bien identifiables avec, en gros, d’un côté, les tenants d’une agriculture à dominante conventionnelle et/ou « intensive » et, de l’autre, les tenants d’une agriculture dite « alternative ». Or, pour moi, il est dangereux et même irresponsable de chercher à politiser et à idéologiser le fait de nourrir la population tout en préservant la planète, l’emploi, un équilibre des territoires… Cela ne veut pas dire bien évidemment qu’il ne doit pas y avoir de débat et même de controverses. Mais il faut à tout prix sortir de cette véritable « guerre idéologique ». Pour cela, il est nécessaire de changer de regard – d’où le titre de la Note – en commençant par identifier un certain nombre de biais que chacun, notamment dans ces deux camps, peut avoir sur ces sujets. De mon point de vue, les deux biais les plus préoccupants, si ce n’est les plus influents, sont les biais idéologiques (renforcés d’ailleurs par le biais de confirmation) et le biais de l’ultracrépidarianisme (qui nous fait croire que l’on sait alors que l’on ne sait pas grand-chose finalement). Ces deux biais forment un cocktail explosif : une partie de la société perçoit les questions agricoles avec des lunettes idéologiques en estimant suffisamment bien connaître le sujet pour avoir un avis qu’elle juge pertinent et une partie du monde agricole perçoit la société également avec des lunettes idéologiques en estimant également bien connaître celle-ci. Résultat, d’un côté, on voit les agriculteurs comme des pollueurs et des destructeurs du vivant, de l’autre, on ne voit qu’une société dominée par les écologistes et les végans. Cela ne correspond en rien à la réalité, mais tout ceci a malgré tout une influence sur les perceptions, les débats, les propositions de certains hommes politiques et candidats aux élections, voire sur les décisions des pouvoirs publics… et nourrit cette « guerre de tranchée » sur le meilleur « modèle » agricole.

 

3/ Vous proposez dans la Note un ‘code de bonne conduite’ autour de 10 principes tels que la complexité, l’empathie ou le dialogue, mais concrètement, comment les mettre en pratique ?

Mon idée n’était pas de m’en tenir à un simple constat, mais de formuler un certain nombre de propositions pour tenter de faire évoluer le regard de part et d’autre et de créer les conditions d’un nécessaire rapprochement entre la société française et ses agriculteurs. Pour cela, j’ai voulu identifier 10 principes de base sur lesquels il me paraît possible de s’entendre pour pouvoir l’envisager : le réalisme, la complexité, le positif… Comment les mettre en pratique ? C’est une question-clef de toute évidence. Pour moi, il faut au préalable que les citoyens (mais aussi les organisations de la société civile) et les agriculteurs fassent un pas les uns vers les autres. C’est ce qui se produit déjà en fait dans la réalité, mais le plus souvent à bas bruit. On voit bien que de plus en plus d’OPA tentent de s’ouvrir à de nouvelles parties prenantes, que les agriculteurs sont toujours plus nombreux à se lancer dans une communication directe vers le grand public, via la vente directe, l’agritourisme, les magasins de producteurs, des journées ferme ouvertes, l’élaboration de chartes de bon voisinage ou les réseaux sociaux. On voit bien aussi que, du côté d’une partie notable des consommateurs, il y a une appétence pour les circuits courts, les magasins de producteurs ou la vente à la ferme, des marques telles que C’est qui le patron ?!, La Nouvelle agriculture ou « Merci » d’Intermarché où le lien entre le produit, le producteur et sa rémunération sont clairement établis. C’est donc au quotidien de façon très concrète à travers ces multiples initiatives que ces 10 principes de base peuvent être mis en pratique. D’autant que, dans la plupart des cas, les expériences de contacts directs entre agriculteurs et citoyens montrent que ça se passe bien, une fois que les quelques préjugés et incompréhensions que les uns et les autres peuvent avoir ont été dépassés. Parce qu’on a tous intérêt à ce que l’agriculture continue à nous nourrir, et à ce que les agriculteurs puissent exercer leur fonction nourricière sans se sentir stigmatisés d’une manière ou d’une autre et puissent en vivre décemment.