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3 questions à

Temps de lecture : 3 min

10/11/2021

Franck Sander

A l’occasion des 100 ans de la Confédération Générale des producteurs de Betteraves (CGB) et trois après la libéralisation du marché européen du sucre, Franck Sander apporte un éclairage pragmatique et prospectif sur les nouveaux enjeux de la filière betterave-sucre en termes d’innovation technique, de renouvellement des modèles contractuels et du rôle du syndicalisme économique.

1/ Depuis la fin du système des quotas, comment la filière betterave sucre évolue-t’elle et que mettez-vous en place pour répondre aux nouveaux enjeux des exploitations betteravières ?

Si la conjoncture est plus porteuse cette année, depuis 3 ans les prix de betteraves n’ont plus permis de couvrir les coûts de production de nombreux betteraviers. Les raisons sont multiples : libéralisation sauvage du marché, drame sanitaire avec la jaunisse ou encore plusieurs années de sécheresse.

Au niveau de l’organisation du marché, on travaille pour améliorer la contractualisation tout au long de la chaine ; et nous pensons que la filière doit profiter de la loi EGA-2 pour améliorer ses pratiques contractuelles sur l’ensemble de la chaine de valeur. 3 ans de prix du sucre sous les seuils d’alerte européens, 3 ans de prix de betteraves dégradés, il nous faut réagir collectivement.

Concomitamment, nous sommes convaincus qu’il faut accompagner les agriculteurs dans cette phase de transition avec l’addition d’outils pour gérer les risques avec un travail approfondi sur l’utilisation des marchés à termes, la mise en place de fonds de filière (type ISR) ou une assurance récolte qui soit plus largement diffusée grâce à une franchise à 20 %. Le Varenne de l’eau a permis des avancées qui doivent être concrétisées.

Mais au-delà de ces enjeux de revenu, il y a la capacité à accélérer l’innovation et l’investissement dans les fermes betteravières pour pouvoir continuer à produire ! Nous avons coconstruits avec l’Etat, l’INRAe et l’ITB un plan de recherche pour trouver au plus vite des solutions face à la jaunisse. Nous avons également un sujet autour du charançon et nous appelons à ce qu’un plan ambitieux public-privé soit également proposé afin que l’on puisse trouver très rapidement des solutions. Le plan de relance est une opportunité d’agglomérer une multitude d’acteurs et de compétence sur le sujet.

2/ En pleine phase de mutation de l’agriculture et de la filière en particulier, comment la filière agit pour renforcer l’attractivité de la production de betteraves auprès des agriculteurs actuels et futurs ?

Notre filière a été sonnée par les 3 dernières années de crise et il est évident que les agriculteurs ont besoin de retrouver de la perspective sur cette culture. Après avoir été le pivot de nombreuses exploitations, elle est parfois identifiée comme étant devenue la culture la plus risquée et mobilisant le plus de fonds propres.

Mais je crois qu’il ne nous faut pas désarmer. Le génome de la betterave est beaucoup plus simple que celui de nombreuses autres cultures, ce qui nous permet de rester optimiste sur les progrès génétiques ; par exemple sur la jaunisse, les sélectionneurs commencent à identifier les premiers traits de résistance. Je suis également confiant dans les progrès qui va arriver dans les fermes avec la robotique. Comme je l’indiquais précédemment, il nous reste à mieux organiser notre force de frappe sur le charançon.

Notre filière a identifié ses priorités dans le cadre d’un plan stratégique et je crois que si les moyens sont bien positionnés nous pourrons déverrouiller les points de blocage actuels.

D’autant qu’à l’heure où l’on fait de la lutte contre le réchauffement climatique une priorité, il nous faut rappeler l’incroyable capacité de captation du carbone par la betterave : 40 t/ha ! Cela lui permet d’être une culture de base de la bioéconomie dans nos territoires avec le bioéthanol, le gel hydroalcoolique, la méthanisation des pulpes dans les fermes. Et nous sommes en train de structurer la démarche pour permettre aux producteurs de grandes cultures de pouvoir valoriser au mieux leur démarche de stockage de carbone dans les sols avec la validation encore récente d’un label bas carbone pour les grandes cultures par le ministère de l’environnement.

3/ La CGB fête ses 100 ans cette année, comment cette institution centenaire envisage-t-elle l’avenir ?

La CGB a aidé à façonner notre secteur et aujourd’hui 17 sucreries sur 21 sont dans le giron coopératif. Les transitions à l’œuvre pour nos entreprises coopératives sont profondes avec la pression concurrentielle, la contrainte réglementaire qui pèse sur nos industries ou encore les exigences croissantes des agriculteurs vis-à-vis de leurs entreprises en termes de contractualisation et de gouvernance. En tant que syndicat économique et pragmatique nous sommes aux côtés des agriculteurs et de tous nos groupes sucriers qu’ils soient coopératifs ou non.

Mais nos défis sont multiples : changement climatique, pression sur la biodiversité, exigences accrues des citoyens et consommateurs, exigences nutritionnelles et … changement massif de génération qui arrive dans nos rangs betteraviers. Dans ce monde en mouvement, il nous faut réussir à donner des perspectives aux plus jeunes d’entre nous.

Dans ce cadre, la CGB doit continuer à s’appuyer sur les valeurs de solidarité, équité, expertise, proximité pour assurer une défense collective de haut niveau face aux mutations à l’œuvre et à un certain « déracinement » de nos politiques agricoles.

Elle doit également porter des ambitions fortes autour de l’innovation, du service aux adhérents et faciliter la construction de partenariats. Nos adhérents sont en demande pour que le syndicalisme s’ouvre et entretienne un dialogue avec le reste de la société. Ils ont raison. Le fonctionnement de notre filière ne repose plus exclusivement sur un cadre réglementaire de contingentement de l’offre et de régulation des prix. S’il est fondamental que l’Europe et la France aient une stratégie forte autour de leur souveraineté alimentaire et même énergétique (qui doit inclure l’agriculture), notre filière ne réussira sa transformation qu’en démultipliant les partenariats pour accélérer l’innovation et développer la valeur auprès des consommateurs en valorisant ses atouts et sa localité qui est une demande forte exprimée par les consommateurs.