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Temps de lecture : 4 min

05/10/2026

Conférence Agridées : évolution des négociations agricoles UE-Ukraine

Le 24 septembre 2026 Agridées a organisé une conférence relative à l’état des négociations agricoles entre l’Union européenne et l’Ukraine. L’agriculture constitue un centre d’intérêt majeur de la procédure d’élargissement en cours depuis que l’Ukraine a obtenu le statut officiel de pays candidat en juin 2022. Ce point d’actualité et ces débats se sont déroulés à un moment où la situation de guerre sur le terrain ne laisse pas entrevoir d’issue et où le blocage de la mer Noire, avec destruction d’infrastructures, a un impact concret sur les marchés. Signe d’intérêt, plus de 200 personnes étaient inscrites à cette conférence.

Les prises de paroles ukrainiennes étaient attendues, à un haut niveau. Elles le furent.

Taras Vysotskyi, ministre de la Politique agraire et de l’Alimentation d’Ukraine, qui nous a fait l’honneur de sa présence en visio-live, a fait le point sur le contenu des négociations et les avancées de son pays. Dans la procédure européenne d’élargissement qui s’impose à tous, 6 grands thèmes emmenant une trentaine de chapitres doivent être traités, dont le thème 5 « Ressources, agriculture et cohésion ». En son sein, 3 chapitres clés ont été évoqués par le ministre concernant l’acquis communautaire :

  • Le chapitre 11 « agriculture et développement rural » pour la mise en œuvre de la PAC, la mise en place d’une agence de paiement et d’un registre agraire ;
  • Le chapitre 12 sur « la sécurité alimentaire, la politique vétérinaire et phytosanitaire » exigeant traçabilité, capacités de contrôle et qualité des laboratoires ;
  • Enfin le chapitre 13 concernant les mêmes sujets sur « la pêche ».

Les propos du ministre visaient tant à afficher le volontarisme et les capacités d’adaptation ukrainiennes (NB : A la Commission de valider) qu’à souligner la stratégie future de création de valeur de ses filières et enfin à appeler à la solidarité européenne dans ces moments difficiles, avec le blocage des ports, notamment pour les agriculteurs de petite taille ou de taille moyenne, et en faveur des infrastructures.

Alex Lissitsa, dynamique Président de l’UCAB, la principale organisation ukrainienne représentant les intérêts agricoles, agro-industriels et tous services autour de ces activités, agissant également en plateforme avec les principales filières, a pris la suite. Il a tout d’abord évoqué à titre d’exemple sa propre trajectoire. Celle d’une exploitation laitière en période postsoviétique, les difficultés et vicissitudes de tous ordres jusqu’à la guerre aujourd’hui. Et finalement, la volonté absolue de s’en sortir, de se développer et d’affirmer le potentiel indépendant ukrainien, discours clé de l’UCAB.

Il a souligné le contexte, la perte actuelle de + de 20 % des surfaces arables, des centaines de milliers d’hectares à déminer, l’importance du grand port d’Odessa qui représente normalement 80 % des volumes exportés avec la difficulté actuelle de créer une logistique de substitution, l’Europe représentant plus de la moitié des débouchés. Pour la France, il a relevé que les exportations agricoles et alimentaires françaises vers l’Ukraine dépassaient les flux inverses. Surtout, il a développé l’idée que l’adhésion de l’Ukraine renforcerait le rôle stabilisateur de l’UE dans le monde, améliorerait la souveraineté alimentaire de l’Union (protéines végétales, maïs, blé dur, énergie verte…), apporterait finalement de la résilience. Last but not least, l’UCAB souhaite pour l’agriculture une période de transition de 10 ans après l’adhésion pour un alignement normatif progressif, tout en commençant à recevoir progressivement les aides PAC (NB : murmures dans la salle). Et, ce qui se comprend, les soutiens des autres fonds structurels.

Un discours sans fard, qui peut se comprendre au vu de la situation ukrainienne, qui a inversement dû entendre les prises de paroles françaises.

En synthèse, celles de Vincent Guérend, Directeur au ministère de l’Europe de l’importante direction de l’Union européenne, qui a rappelé l’appui de la France à la candidature d’adhésion de l’Ukraine, sans pouvoir à ce jour afficher de date si ce n’est à moyen terme, et dans des formes de rapprochement qui nécessiteront de la créativité (cf. la Note citée d’Agridées « Élargissement de l’UE, équation institutionnelle et inconnues agricoles »). Celles de Marie-Claude Maurel, géographe et membre de l’Académie d’Agriculture de France, qui a souligné à quel point la structuration du foncier en Ukraine et la construction de conglomérats de taille sans équivalents en Europe, les agroholdings, créerait une concurrence très asymétrique. Celles d’Olivier Antoine, Directeur d’ORAE, qui au titre des filières céréalières a montré l’immense différence de compétitivité entre l’Ukraine et l’Union européenne dont la reprise de l’acquis communautaire ne suffirait pas à combler cet écart structurel et nécessiterait des régulations. Celles enfin de Benjamin Lammert, Président de la FOP et de Terre Univia, plus encore agriculteur, qui a appelé tant à des mesures de régulation afin de protéger le bon fonctionnement du marché intérieur européen et sa capacité à créer de la valeur, qu’à prendre des mesures d’accroissement des débouchés qui sont à notre portée, par exemple de développement des usages énergétiques à partir de nos productions.

Ukrainiens et Français ne sont pas d’accord ? En réalité ils se sont échangés des arguments forts, sans faux-semblants, une première étape pour se construire un jour un chemin commun. Et Agridées y a joué en liberté tout son rôle de think tank : proposer des idées, susciter les débats, pour avancer.