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Temps de lecture : 8 min

19/10/2026

FAO et One Health : améliorer la santé de tous, concrètement, au quotidien

La conférence mondiale de la FAO sur One Health/Une Seule Santé dans les systèmes agroalimentaires s’est tenue du 21 au 23 septembre 2026 à Rome. Elle marque une étape importante dans l’évolution du concept : historiquement conçu comme un levier de prévention face aux zoonoses et aux pandémies et dont l’objectif premier était d’éviter ou de mieux anticiper les crises sanitaires, il s’inscrit davantage aujourd’hui comme une approche systémique pour améliorer la santé de tous au quotidien (humains, animaux, environnement). 

La vision internationale pour améliorer toutes les santés au quotidien

C’est ainsi que Tanawat Tiensin, Directeur général adjoint, Vétérinaire en chef et Directeur de la division production et santé animale de la FAO, a cadré la problématique lors de la plénière d’ouverture. Pour lui, « One Health n’est pas un concept mais une attitude, un état d’esprit pour réfléchir, travailler et agir ensemble ». Le passage du concept à l’action se précise autour de quatre axes : communication, coordination, collaboration et renforcement des capacités. Lors de cette conférence, de nombreuses initiatives ont été mises en avant afin d’encourager autant les actions descendantes que celles venant du terrain. Nikolaus Kriz, Directeur général de l’autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), a insisté sur le fait que l’alimentation nous apporte un sentiment d’appartenance à une même communauté interconnectée, ce qui est nécessaire pour comprendre et s’engager dans One Health.

Un message important s’est dégagé des discours des politiques internationaux lors de la conférence de la FAO : One Health ne doit pas être considérée comme une politique sanitaire de plus mais comme une méthode de transformation des territoires agricoles et des systèmes alimentaires, permettant simultanément d’améliorer la santé publique, la compétitivité des exploitations agricoles, la résilience climatique et la sécurité alimentaire, pour construire un avenir plus durable.

 

La France est engagée dans cette dynamique

Cette conférence s’est inscrite dans le prolongement du Sommet One Health d’avril 2026 à Lyon[1], coprésidé par la France et le Ghana. Annie Genevard, ministre française en charge de l’agriculture, donc rappelé à Rome l’ambition de ce Sommet : « dépasser les engagements de principe pour traduire cette approche en actions concrètes liées à nos politiques publiques et pour nos systèmes agroalimentaires ». Considérant que les systèmes agricoles et alimentaires sont au cœur des interdépendances entre les santés humaine, animale et environnementale, la ministre a souhaité que One Health devienne « la boussole inaltérable des agricultures de demain ».

Elle a illustré ainsi les principales actions conduites par le ministère de l’agriculture au sein de l’approche Une Seule Santé autour de quatre grands axes : la prévention (succès du plan Ecoantibio, vaccination des canards à grande échelle contre l’influenza hautement pathogène), l’anticipation (surveillance et détection précoce de la grippe aviaire), le décloisonnement (mise en place de la task force interministérielle One Health) et l’alimentation durable.

 

Les femmes sont au cœur de One Health

Le 22 septembre, la session spéciale de la FAO consacrée à l’Année internationale des agricultrices a positionné l’égalité femmes-hommes comme une composante importante de One Health. Alors qu’elles représentent 42 % de la main-d’œuvre agricole mondiale, elles demeurent sous-représentées dans l’accès au foncier, au financement, à l’innovation, à la formation et aux responsabilités professionnelles[2]. Les femmes ont été présentées comme essentielles à One Health, puisqu’elles interviennent directement dans les systèmes d’élevage et de pastoralisme dans les soins aux animaux, l’alimentation de la famille, la gestion de l’eau et des autres ressources naturelles ainsi que la transmission des savoirs. Elles interviennent sont sur des axes clés de One Health : prévention des maladies, nutrition, sécurité alimentaire, résilience climatique et renouvellement des générations agricoles. Pour Annie Genevard, « prendre soin du vivant, c’est aussi prendre soin de celles qui le font vivre. »

 

La dimension économique de One Health

Les débats de la FAO convergent avec l’analyse développée par Agridées selon laquelle la santé économique fait partie intégrante de l’équilibre que constitue One Health / Une Seule Santé[3]. Plusieurs intervenants ont insisté sur le fait que One Health constitue avant tout une politique d’investissements, tels que les financements publics en Italie pour accompagner la réduction des antimicrobiens en élevage, les primes-filière de Danone pour rémunérer les éleveurs réduisant leur empreinte carbone, ou encore les modèles de financements mixtes défendus par le Fonds international de développement agricole (FIDA) associant fonds publics, financements privés et microfinance.

Les technologies numériques pour la surveillance, la prévention, l’optimisation des flux

L’innovation technologique apparaît comme l’un des principaux accélérateurs du passage de One Health à l’échelle. Il s’agit par exemple de connecter les réseaux d’experts : le réseau régional AMRNet en Europe orientale, Caucase et Asie centrale, les plateformes de données interconnectant santé humaine, animale et environnementale au Portugal, les systèmes d’alerte précoce transfrontaliers en Afrique centrale, ainsi que le Hub de biosécurité des forêts en Afrique du Sud, coordonné par l’Université de Prétoria, ont été présentés. Dans ces différents exemples, il est nécessaire de faire circuler et exploiter simultanément les données vétérinaires, humaines, environnementales et agronomiques.

Différents intervenants ont promu l’utilisation de l’intelligence artificielle pour les alertes précoces, la prédiction des maladies, la traçabilité, la sécurité sanitaire des aliments ou encore la réduction de l’usage des antimicrobiens. Parmi les cas d’usage présentés, citons la plateforme de surveillance sanitaire des bovins Cowlytic (startup américaine), des agents conversationnels conçus par Agroscope (équivalent suisse de l’INRAE) pour aider des éleveurs en Afrique à gérer les effluents d’élevage, des systèmes de quantification du gaspillage alimentaire en Chine et en Italie grâce à la vision par ordinateur, ou encore des infrastructures de croisement de données territoriales de santé animale et humaine relative à l’exposition des populations au virus H5N1 (grippe aviaire hautement pathogène) au Canada.

Pour les experts réunis à la conférence de la FAO, la prochaine étape de One Health n’est pas seulement la collecte de données, notamment dans des plateformes collaboratives, mais aussi la nécessaire interopérabilité des systèmes pour assurer la surveillance de différentes populations sur un même territoire, et permettre la prise de décision en fonction d’indicateurs partagés. Différents intervenants se sont exprimés en faveur d’infrastructures de données ouvertes et sécurisées et également en faveur de modèles d’IA explicables pour assurer la confiance des utilisateurs.

 

Conclusion 

Nous n’avons pu assister à tous les événements qui ont rythmé la conférence de la FAO, mais nous avons pu en saisir l’esprit : One Health / Une Seule Santé se concrétise par d’innombrables actions innovantes et inclusives, dans les territoires, par des acteurs privés et publics, et qui contribuent toutes à améliorer l’état de santé humaine, animale et environnementale, au quotidien, en particulier au moyen de bonnes pratiques et d’innovations dans les systèmes agricoles et alimentaires.    

Cette thématique, travaillée chez Agridées depuis 2020, continue à se préciser, tant au niveau international qu’en France, où l’AFNOR SPEC 2503 vient de paraître. Ce document dédié à One Health est un référentiel prénormatif, cadre opérationnel commun pour permettre aux opérateurs de terrain de s’emparer de cette approche et la déployer dans le cadre de développement de produits, services ou projets. Il s’intitule « One Health – Une Seule Santé : lignes directrices et recommandations pour la déclinaison de l’approche Une Seule Santé[4] ».

 

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[1] Voir l’article d’Agridées du 23 avril 2026 : One Health / Une Seule Santé

[2] Voir la Note d’Agridées parue en novembre 2024 : Entrepreneuriat féminin en agriculture : libérer les potentiels !

[3] Voir la Note d’Agridées parue en février 2024 : One Health / Une Seule Santé : augmentée, territoriale, avec les agriculteurs

[4] AFNOR (13 octobre 2026) Un cadre commun pour l’approche « One Health »