Etats généraux de l’Alimentation, le départ est donnéPublié le 25 juillet 2017 par Yves LE MORVAN

« S’il n’y a pas de partage de la prospérité, il n’y a pas de partage de l’attractivité. Et sans agriculteurs, il n’y pas de vitalité des territoires ». En déclarant vouloir « gagnants » les Etats Généraux de l’Alimentation pour les agriculteurs, les territoires, les métiers, et  pour les consommateurs, Stéphane Travert, ministre de l’agriculture et de l’alimentation a appelé à construire  les solutions qui permettront de placer l’alimentation sous le sceau de la quadruple performance économique, sociale, environnementale et sanitaire.

Les deux grands enjeux sont donc là : la création et la préservation de la valeur à tous les stades de la chaîne alimentaire, notamment chez les agriculteurs, et l’offre aux consommateurs d’une alimentation durable. Après les propos introductifs du Premier ministre, quatre ministères ont présenté tout au long de ce 20 juillet leurs analyses et lancé les débats, mettant en lumière les questions auxquelles il faudra répondre.

Santé. L’étude INCA 3 qui vient d’être dévoilée par Roger Genet, Directeur général de l’ANSES, sur les modes de consommation et les prises de risques alimentaires de nos concitoyens vise notamment le contenu de nos assiettes. Un constat par exemple, « 17% des adultes en France sont atteints d’obésité, 17% des enfants en surpoids ou en obésité ». Toute la chaîne de production et de commercialisation doit être analysée afin de réduire les risques (Contaminants chimiques, composition des produits alimentaires, information nutritionnelle…). S’il existe des explications sociales, territoriales, comportementales, budgétaires aux mauvaises pratiques alimentaires, se posent aussi des questions sur le process des opérateurs tout au long de la chaîne alimentaire. Les contaminants chimiques ou le sel ont ainsi été cités.

La santé c’est certes la sécurité sanitaire, reconnue de bon niveau en France, c’est également la composition des aliments. L’agriculture et l’agroalimentaire seront donc appelés à évoluer dans leurs pratiques.

Agriculture. « Le diagnostic est évident même si l’analyse par filière s’impose, l’agriculture souffre terriblement » (Stéphane Travert). Volatilité, concurrence internationale d’autres modèles de production, organisation économique insuffisante, relations industrie/commerce inégales…Les explications sont nombreuses mais le résultat est là : dans le calcul de l’ “euro alimentaire”, sur un achat par le consommateur de 100€, la valeur dégagée par la fonction agricole, en baisse, dépasse à peine 6€. Les conditions de la création de la valeur au stade agricole et la résistance à son évaporation en aval sont au cœur des Etats Généraux. Le cadre de réponse devra intégrer « la diversité des agricultures ».

Il y a donc devant nous des choix de responsabilité à opérer, notamment dans les relations industrie/commerce, mais il y aura aussi des orientations de compétitivité à définir, comme l’ont déjà opéré  un certain nombre de pays européens. En ce sens il faudra être vigilant à connecter Etats généraux de l’alimentation (EGA) et future réforme de la PAC.

Economie. «  L’agriculture et l’agroalimentaire ne doivent pas se replier sous le poids des difficultés actuelles mais garder un esprit de conquête » (Benjamin Griveaux, Secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Economie et des Finances). Le socle de l’identité agricole repose sur le modèle familial, qui est à préserver tout en cherchant des voies d’économie d’échelle. Mais la grande affaire immédiate en matière de répartition de la valeur repose sur le rééquilibrage des relations commerciales. La concentration de la Grande distribution est certes forte en France mais dans des proportions équivalentes à d’autres pays européens. 65,5% des achats alimentaires se font dans la grande distribution. Les 5 premiers Groupes, sur 9 au total, concentrent 79,3% de ces achats. Au-delà des débats en matière de concentration ou de concurrence, c’est bien celui des comportements et des méthodes au sein de la chaîne qui s’ouvre, avec ses conséquences sur la répartition de la valeur ou du niveau des prix.

Les bonnes pratiques et les engagements professionnels peuvent être la voie de sortie, privilégiée a priori par les Pouvoirs Publics, le processus réglementaire ou législatif n’est cependant pas à exclure.

Transition écologique. « Nous avons le choix entre le sursis et le sursaut » (Nicolas Hulot ministre de la transition écologique et solidaire). Définir un cap sans précipitation, sans émotionnel. A l’agriculture de montrer positivement sa capacité de répondre au défi climatique, à l’amélioration de la qualité des eaux, des sols, de l’air, de substituer des produits biosourcés à l’utilisation des produits d’origine fossile, et bien sûr de proposer une alimentation saine et durable « passerelle de confiance entre l’agriculture et la ville ». Bref une agriculture moins consommatrice de pesticides, d’antibiotiques, plus décarbonée, plus proche des consommateurs et assumant également l’innovation (Travaux de l’Inra sur la vigne par exemple). « Il ne s’agit pas de détruire un modèle, il faut construire une diversité ».

Le thème de la diversité des agricultures a donc été très largement partagé au cours de cette Journée. Question : tous les participants ont-ils la même vision de la diversité des agricultures ? Diversité des filières, diversité territoriale,  diversité des modes de production, diversité dans l’approche des consommateurs … ? La diversité est-elle un constat, un choix ou une absence de choix ?

Le lancement des Etats généraux de l’alimentation le 20 juillet 2017 s’est réalisé dans une ambiance constructive, en bannissant les oppositions stériles, en recherchant une dynamique positive. C’est une bonne nouvelle au vu de la situation de l’économie agricole française. Cette première étape franchie, comme un prologue du Tour de France, la haute montagne se profile.

 

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Les Etats généraux de l’alimentation veulent impulser une nouvelle dynamique