Le Bio face aux enjeux sociaux et environnementauxPublié le 20 juin 2019 par Yves LE MORVAN

L’agence Bio a organisé le 18 juin 2019 à Paris son séminaire annuel international[1], ouvert par son nouveau Président, Philippe Henry, et conclu par le Ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, Didier Guillaume. Il s’agissait de travailler sur des thèmes transversaux et ainsi de confronter l’évident développement des filières bio à ses freins (prix, systèmes de distribution), à ses promesses complémentaires (biodiversité, commerce équitable), à son financement (Paiements pour Services Environnementaux), le tout avec un regard différent selon les pays.

 

Sur la 1ère table-ronde, « Vers une alimentation bio accessible à tous », Florent Guhl Directeur de l’Agence Bio a rappelé les critères d’achat affichés  par les consommateurs : santé, environnement, qualité, goût …avec des variantes selon les pays. Ainsi l’origine régionale, le bien-être animal ou la réduction des additifs sont des marqueurs en Allemagne. Au Royaume-Uni 70% des produits sont importés. Le goût monte en puissance en France. L’accessibilité à tous des produits bio passe par la progression de la production, difficile au Sénégal (0 subvention), ou en Pologne où l’agriculture conventionnelle est vue comme moderne et la bio comme en retard. Elle passe également pour des raisons sociales par l’explication du niveau des prix, et l’éducation sur la variété des produits et leurs modes de consommation.

 

Photo tirée du séminaire annuel de l'Agence Bio avec de gauche à droite : Philippe HENRY, Président de l'Agence Bio et Didier GUILLAUME, Ministre de l'agriculture et de l'Alimentation

De G. à D. : Philippe HENRY, Président de l’Agence Bio et Didier GUILLAUME, Ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation

Lors de la 2ème table-ronde, « Vers des flux internationaux bio équitables » Michel Reynaud au titre d’IFOAM Europe a rappelé la progression du bio dans le monde. En 2017 cela représentait 69,8 millions d’hectares (dont 35,6 pour la seule Australie, notamment en prairies), 3 millions de producteurs, 92 milliards d’€ de valeur de marché (dont 43 pour les USA). Le commerce équitable (prix plancher pour les producteurs notamment mais aussi durabilité de l’agriculture, organisation des producteurs) imprègne de plus en plus le commerce des produits bio, et pas seulement pour les produits exotiques. Par ailleurs Elena Panichi de la Commission européenne a souligné les progrès de la nouvelle réglementation communautaire applicable le 01/01/2021 en matière de contrôle et de certification des importations des pays-tiers.

 

La 3ème table-ronde, « Vers des paiements pour services environnementaux » a permis d ‘échanger sur l’intérêt de se servir des PSE à l’avenir, notamment dans la nouvelle PAC. Vincent Martinet de l’INRA a bien défini le champ de réflexion : d’abord séparer nettement  les situations qui appellent à utiliser le principe pollueur/payeur de celles qui permettent de financer des externalités positives par les PSE ; ensuite lister ces aménités (stockage carbone, biodiversité, qualité de l’eau et de l’air, paysages, …) dans un cadre de référence; et enfin s’attaquer à un débat [2]: l’agriculture biologique n’est pas la seule à « mériter » ces soutiens, d’autres agricultures conventionnelles  à pratiques agroécologiques devraient en bénéficier également. Les PSE ne sont pas de simples concepts, ils existent en Suisse depuis 1993, au Costa-Rica …et même en France où par exemple l’agence de bassin Adour/Garonne les expérimente en relation avec la future PAC. Une conclusion de l’expérience suisse : les PSE, oui, mais à un niveau adapté car l’Etat ne doit pas se substituer au marché.

 

En conclusion, le Ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation a rappelé la position de la France de défendre une nouvelle PAC  plus responsable, » non pas simplement avec un verdissement mais de transition agroécologique ». Il a profité de la tribune pour prendre position sur le vif débat qui traverse actuellement les rangs bio en France : Les serres pour l’agriculture bio, oui, mais les serres chauffées, non.

 

[1] Retrouvez le déroulement du séminaire sur YouTube : https://www.youtube.com/watch?v=9jk1Od_D4Cw&feature=youtu.be

[2] Cf note du think tank agridées « La résilience des filières bio », mars 2018.