Points de vue
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05/02/2026
France/Royaume-Uni : investir dans l’innovation pour renforcer la souveraineté alimentaire
Quand nous avons commencé à travailler avec Agridées, nous avons très vite compris que la souveraineté alimentaire était un enjeu majeur — aussi bien pour la France que pour le Royaume-Uni. Et au fil des mois, cette intuition s’est pleinement confirmée : tout indique aujourd’hui que nous sommes au cœur d’une question stratégique, à la croisée de la sécurité nationale, de l’économie et de la cohésion sociale.
En France, nous pourrions dès 2026 voir notre balance commerciale agricole devenir négative. Le Royaume-Uni connaît cette situation depuis longtemps, avec un déséquilibre plus prononcé, et la tendance continue de s’accentuer. À cela s’ajoutent les tensions internationales, les risques de conflits, les droits de douane, les ruptures de chaînes logistiques : autant de facteurs qui rappellent à quel point nos systèmes d’approvisionnement restent vulnérables.
Le changement climatique ajoute une incertitude supplémentaire. La France comme le Royaume-Uni font face à une instabilité météorologique croissante. Dans les deux pays, les baisses de rendement fragilisent la filière agricole. Les conséquences sont directes : pour les producteurs, qui doivent pouvoir vivre dignement de leur travail, mais aussi pour les consommateurs, pour qui le pouvoir d’achat demeure un sujet particulièrement sensible.
Dans ce contexte, renforcer notre coopération prend tout son sens. Le Cross Channel Institute est né au sein de la Chambre de Commerce Franco-Britannique pour analyser et approfondir la relation entre nos deux pays. Très attachés à notre indépendance, nous avons trouvé en Agridées un partenaire partageant la même exigence : expertise, rigueur et connaissance du terrain. Ensemble, nous pouvons structurer une réflexion solide et utile sur la souveraineté alimentaire.
C’est dans cet esprit que nous avons conduit l’étude « Souveraineté Alimentaire en France et au Royaume-Uni : Faciliter les Échanges Commerciaux Transmanche et Valoriser l’Agritech », que nous présenterons au Salon International de l’Agriculture.
Deux enseignements majeurs s’en dégagent :
D’abord, la nécessité de disposer d’une vision claire et partagée de la situation dans les deux pays : nos économies agricoles restent profondément liées, y compris dans l’après-Brexit. Ensuite — et c’est un point qui m’a personnellement marqué — le rôle déterminant des technologies AgriTech. Leur impact potentiel est bien plus considérable que je ne l’imaginais.
Les entreprises rencontrées, qu’il s’agisse d’acteurs du transport transmanche ou de jeunes sociétés technologiques, montrent que l’innovation apporte déjà des réponses très concrètes : automatisation de la récolte, analyse fine des sols, optimisation de l’usage de l’eau, réduction des pertes, ou encore production d’énergie hydrogène pour des exploitations isolées.
Il est d’ailleurs frappant de constater le dynamisme des entreprises françaises dans la création de nouvelles solutions technologiques, tandis que le Royaume-Uni dispose d’un écosystème d’investisseurs particulièrement structuré. En combinant nos forces, nous pouvons renforcer notre souveraineté alimentaire tout en soutenant un modèle économique viable pour les producteurs.
Le chantier est immense. Mais si nous voulons accélérer la transition, sécuriser nos approvisionnements et donner aux agriculteurs les moyens de réussir, il faudra investir rapidement et massivement dans ces technologies. Elles ne sont plus accessoires : elles sont devenues un levier central de résilience et un outil majeur pour renforcer notre indépendance alimentaire.