Résilience des agricultures et de la chaîne alimentaire Publié le 27 mars 2020 par Damien BONDUELLE

En cette période de gestion de crise sanitaire, alors que nous sommes principalement attentifs aux actions de solidarité et aux prises de décisions courageuses et de bon sens, nous commençons à entendre des commentaires acerbes de la part de politiques de tous bords et de scientifiques nous faisant part d’états d’âme en public. Or l’heure n’est pas à la polémique, et encore moins aux rancœurs intestines.

 

En tant qu’acteurs dans le domaine de l’agriculture, notre devoir nous place devant une responsabilité historique, celle de nourrir une population inquiète et confinée, en mettant à disposition notre compétence et l’ensemble des moyens mobilisables en la circonstance. Dans l’ensemble, nous n’y faisons pas défaut, malgré les difficultés diverses comme la fermeture de certains marchés, des difficultés d’organisation pour faire face au manque de main d’œuvre ou des tensions logistiques.

 

Toutes nos entreprises sont concernées dans la grande diversité de leurs activités, végétale ou animale, en début ou fin de cycle, en circuit court ou plus complexe. Chacune à son niveau trouve un défi à relever. Il s’agit ainsi de faire face prioritairement à l’approvisionnement des lieux de ventes à très court terme en récoltant et en livrant, ou pour l’après crise – dont personne ne connaît encore l’issue – en préparant les sols pour semer et planter ou en assurant le maintien, voire le développement de son cheptel.

 

Il est ainsi important, pour tous les acteurs du monde agricole, de faire le constat des risques actuels pour pouvoir apporter les solutions permettant d’assurer au citoyen une pleine sérénité qui s’est perdue ces derniers temps, se traduisant même parfois par de la panique en début de confinement.

 

Nos secteurs ont fait face à une demande inhabituelle, surtout en produits transformés, alors que des productions agricoles à flux continu, végétales ou animales, ont subi des dérèglements outranciers pour cause de fermeture de marchés à flux tendus, tels que la restauration en général ou les marchés extérieurs. Il s’en est suivi un gâchis énorme qui ne se terminera qu’en fin de crise, avec un retour à une consommation normale. Mais depuis toujours nos agricultures ont su être résilientes et s’adapter. Au-delà de la brutalité de l’événement, certaines productions sont en effet rodées à ce type de phénomène de fluctuation pour en avoir fait l’amère expérience dans un passé récent et dans l’indifférence quasi générale. Je pense en particulier aux récentes crises laitières ou porcines, à la fermeture de certains marchés à l’export due à des décisions politiques ou, à l’inverse, à des difficultés de production sur certaines zones, créant ainsi un appel d’air.

 

Il ne semble pas prématuré de penser dès aujourd’hui à l’évolution de notre système alimentaire, et c’est en étant attentif à ce qui ce qu’il se passe en pleine crise, en relevant toutes les sources de dysfonctionnement, que l’on peut créer la base d’une réflexion sur le long terme qui viendra en son temps, l’esprit libéré des contraintes liées à la gestion des priorités du moment.

 

A l’image du système de santé, l’agriculture profite également d’un réseau très important de scientifiques dont les travaux contribuent à assurer l’avenir de notre alimentation. La société devra également faire sa part du chemin en acceptant de libérer les forces productives de certaines contraintes non prioritaires.

Agridées, think tank de l’entreprise agricole, reste attentif à ces transitions multiples et se doit de se préparer à apporter des pistes d’amélioration pour aider les citoyens à garder cette nouvelle confiance en notre secteur, engrangée au cours de ces dramatiques évènements.

@SAFThinkTank