Séparation Conseil/Vente : Quid après le cactus ?Publié le 22 décembre 2020 par Yves LE MORVAN

La loi Egalim du 30 octobre 2018 l’avait décidé, et après un parcours digne d’un concours de sauts d’obstacles  (ordonnance, décret, arrêtés), la séparation du conseil et de la vente des produits phytopharmaceutiques est désormais applicable au 1er janvier 2021. Dans la réalité, le chantier organisationnel des entreprises pourrait durer pratiquement toute l’année 2021 selon le choix opéré, le conseil ou la vente, le maintien des agréments actuels ou non, les études d’indépendance à fournir et l’audit des organismes certificateurs.

 

L’origine de ces textes dont l’objectif est de garantir l’indépendance du conseil, et plus globalement de contribuer à la réduction de l’utilisation des phytosanitaires, remonte à plus loin. Il en avait déjà été question durant le Grenelle de l’Environnement lancé par Nicolas Sarkozy à l’automne 2007. Et cela faisait partie du programme présidentiel du candidat Emmanuel Macron en 2017. Dès lors, était-ce politiquement et sociétalement évitable ?

 

Le résultat de ces textes emberlificotés donne l’impression étrange d’une double défaite. Défaite des représentants de l’économie agricole qui n’ont pas pu faire passer le message d’une agriculture responsable, sur la voie du progrès. Mais aussi défaite du législateur quand il est constaté que la quasi-totalité des coopératives et négoces ont choisi l’option de la vente. Tout ça pour ça! Il y avait un totem, il est tombé, et après ?

 

La phase de transition va être douloureuse pour les entreprises, avec des réorganisations complexes, des pertes d’activité, et sans doute aussi des « voilures » réduites, donc des conséquences sociales. Néanmoins, il leur faudra construire des relations différentes avec les agriculteurs, par exemple dans les filières contractualisées ou selon les cahiers des charges des acheteurs, notamment industriels ou de la grande distribution. Alors,  pour demeurer positif quant à l’avenir, il est probable que l’offre sera moins linéaire, moins homogène voire automatique, mais plus adaptée, innovante. Une offre « servicielle »pour les uns, de base pour les autres. Et un conseil laissé majoritairement à d’autres opérateurs.

 

Ce mouvement des distributeurs pourrait rejoindre la trajectoire actuelle des chefs d’entreprise agricole vers plus d’approfondissement agronomique, seul ou en groupe en mode bottom-up, et l’atteinte de niveaux de référence tels en HVE.

Et pourquoi pas avec une certification qui se relierait aux entreprises ?

 

Dans la vie, il y a des cactus, dans l’agriculture il y a des ressources.