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3 questions à

Temps de lecture : 4 min

12/01/2024

Jean-René Menier

3 questions à Jean-René Menier, Agriculteur, élu de la chambre d’agriculture de Bretagne et de la FOP (Fédération française des producteurs d’oléagineux et de protéagineux), sur l’Association LEGGO (Légumineuses à graines du grand-ouest ) dont il est le président.

1/ Qu’est-ce-que LEGGO et quels sont ses objectifs ?

LEGGO pour Légumineuses à Graines Grand Ouest c’est d’abord le résultat de rencontres et d’une réaction à une injonction de l’Etat dans le cadre de la loi EGalim obligeant la restauration scolaire à proposer un repas végétarien chaque semaine. Dans les Chambres d’agriculture de Bretagne, cette obligation nous a poussé à poser les bases d’une étude prospective en faisant émerger des questions et imaginer une trajectoire. La création de l’association LEGGO en fut une application concrète et directe.

Aujourd’hui c’est un collectif d’une cinquantaine d’entreprises du champ à l’assiette. Ensemble nous avons la volonté de mettre des graines ou des ingrédients à base de pois, lentilles, haricots, lupin ou encore de soja, produits et transformés sur nos territoires dans l’assiette du consommateur de nos quatre régions (Bretagne, Pays de la Loire, Normandie et Centre Val de Loire).

 

En 2019, j’ai été sollicité par des industriels et des sociétés de restauration en recherche de sourcing plus local, et par des collectivités en quête d’actions de transitions agricoles et alimentaires dans le cadre de leurs PAT (projets alimentaires territoriaux) pour répondre à diverses questions telles que : « Qu’est-ce qu’un repas végétarien ? Pourquoi trouve-t-on si peu de légumineuses en France ? Pourquoi les légumineuses françaises sont-elles plus chères que celles qui sont importées ? Pourquoi n’avons-nous pas d’avantage de produits locaux dans nos approvisionnements ? »). La Chambre d’agriculture de Bretagne a ainsi décidé de se saisir de ce sujet et d’accompagner de manière très opérationnelle et ambitieuse l’émergence et la structuration d’une filière protéines végétales.

Beaucoup d’initiatives existent déjà mais elles sont rarement coordonnées. Notre association est née avec un format inter-régional inédit et une trajectoire de développement à inventer en s’appuyant sur la complémentarité entre circuits courts et circuits longs. Donner du corps à ce groupe d’acteurs motivés était également important pour être reconnus sur nos territoires mais aussi au niveau national. Nous devions être légitimes et clairs dans notre projet, ce qui nous a permis d’acquérir pour partie un financement par le plan Protéines végétales de France Relance et par les Conseils régionaux.

Nous avons l’ambition d’informer, de mettre en relation et de mobiliser pour poser les bases solides de la structuration de cette filière. Depuis 4 ans, nous nous attelons à créer du lien entre les différents maillons (production, collecte, transformation, distribution et restauration), à instaurer une confiance entre partenaires de cette filière, à susciter les projets avec leurs propres écosystèmes (recherche, enseignement pôle de compétitivité, …). Cela se fait en impulsant des dynamiques collectives qui trouvent un écho en interne dans les entreprises. Qu’elles soient coopératives ou privées, TPE ou grands groupes, spécialisées ou polyvalentes, nos entreprises adhérentes prennent part aux travaux, aux temps de montée en compétences, de partages de leurs enjeux et de communication que nous leur organisons. Cette notion de filière, du champ à l’assiette et de l’assiette au champ, devient compréhensible et visible.

 

2/ Quelles perspectives pour la filière légumineuse dans les 4 régions concernées ?

Nous commençons par nous poser les questions suivantes : Que peut-on produire sur notre territoire ? Dans quelles conditions techniques, économiques ? Comment faire face à la concurrence des importations ? Et comment satisfaire les attentes des consommateurs ?

Nos territoires ayant des dynamiques différentes, les réponses sont multiples. Nous devons capitaliser sur chacune de nos expériences, avoir conscience des contraintes pédoclimatiques locales, poser les forces en présence, analyser nos freins et nous appuyer sur nos complémentarités pour avancer.

Certains signaux sont au vert : les opportunités d’accompagnements financiers dans le cadre de Cap Protéine+ en particulier, pour les acteurs économiques comme pour les animateurs de dynamiques telle LEGGO.

Pour autant, produire et valoriser à leur juste valeur des légumineuses de France, n’est pas simple. Par notre travail collectif d’études et les outils très opérationnels que nous développons, nous favorisons la prise de conscience des enjeux à chaque niveau de la chaine, pour obtenir un consentement à payer du consommateur final et une acceptation à produire de mes collègues agriculteurs.

C’est un travail au long cours mais nous ne sommes pas en retard ! Avec notre action phare et inédite de tests grandeur nature de création de filière directement dans nos territoires et notre méthode de test de produits de nos adhérents en restauration collective, nous menons de front ce grand chantier.

Tous les acteurs sont ainsi mis autour de la table sur un territoire pour faire en sorte que les graines soient testées du champ à l’assiette, de leur implantation à leur consommation.

Ce travail repose sur des avancées notables en termes de recherche de variétés adaptées aux contraintes de productions et aux process de transformation, d’outils assurantiels pour les producteurs, d’investissement industriel dans des outils de transformation (triage, stockage, pré-cuisson), inexistants dans certains territoires.

En parallèle de ce travail territorial, nous travaillons en collaboration étroite avec l’interprofession Terres Univia qui est au cœur de cette dynamique de redéploiement des légumineuses à graines au niveau national et nous espérons l’arrivée rapide d’un logo Légumineuses de France.

 

3/ Comment diminuer la prise de risque pour les agriculteurs dans la production de légumineuses ?

Pour commencer, nous parlons ici de produits alimentaires, produits dans nos territoires et pas uniquement de matières premières agricoles pouvant venir de partout sur la planète. Derrière une assiette de pois chiches, de lentilles, de lupins, d’edamames, dans une soupe de pois cassés et autres préparations, il y a un savoir-faire d’agriculteur, des métiers techniques, des exigences sanitaires, une recherche de goût et de plaisir chez les consommateurs. Le travail de LEGGO est la mise en musique de toute cette richesse de la filière où chacun apporte sa plus-value technique et où chacun doit être rémunéré.

Le risque climatique sur ces cultures n’est pas encore résolu aujourd’hui. Comment, en attente de solutions techniques, gérer l’absence de production locale certaines années ? C’est un challenge que nous ne pourrons relever que collectivement. En effet, la réponse ne peut passer par des importations au risque de déconstruire tout le travail de valorisation du savoir-faire technique et économique de chaque maillon. Dans certaines zones, comme la Bretagne, la lentille et le pois chiche ne sont pas présentes aujourd’hui. Or, la production sur un territoire diversifié allant de la zone océanique à la zone continentale peut apporter une partie de la réponse pour la filière en permettant des transferts de productions tracés et gérés par les collecteurs.

Parallèlement à ce risque d’année blanche, notre travail sur une matrice des coûts et prix nous a questionné sur la rentabilité pérenne de ces cultures pour les agriculteurs avec cette double question : quel prix obtenir pour avoir une marge décente ? Et combien de centimes de plus dans l’assiette pour obtenir durablement une production française et dans l’ouest en particulier ?

Un système de contrats pluriannuels et multi-acteurs nous semble donc primordial. Ils devront intégrer pour un temps les possibilités d’années blanches afin que toute la filière participe à la sécurisation des agriculteurs. Ceux-ci sont prêts pour produire mais risquent d’abandonner dès le premier écueil sans sécurisation. Un agriculteur en 2024 n’est pas un joueur de Casino il est d’abord le gestionnaire de sa ferme.

 

Nous restons aujourd’hui très confiants dans la capacité d’innovation de chacun des acteurs que nous accompagnons, du semencier au distributeur, pour saisir cette réelle opportunité de développement collectif de notre filière. La réussite de notre démarche est conditionnée à un accompagnement technique, une montée en compétences et un intérêt économique des producteurs.