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Notes

Temps de lecture : 10 min

16/05/2022

Agriculture : concilier rentabilité économique et action climatique

Cette note est issue des réflexions du groupe de travail d’Agridées « Les moyens rentables d’adaptation et d’atténuation du changement climatique » qui s’est réuni en 2021 et 2022.

Résumé

De tout temps, les agriculteurs ont dû s’adapter aux conditions météorologiques. Cependant, les dérèglements climatiques en cours leur imposent de les anticiper plus finement pour éviter que leur production ne soit dégradée. En effet, les événements extrêmes (vagues de chaleur et de froid, inondations, sécheresses) deviennent de plus en plus fréquents et aléatoires. Les agriculteurs doivent gérer ce risque en s’adaptant efficacement à ces stress de manière à préserver leur rentabilité économique. À plus large échelle, le secteur agricole a également un rôle à jouer pour contribuer à atténuer le changement climatique, puisqu’il est un des rares à stocker du carbone, aux côtés des forêts et des océans. Réduire cette empreinte carbone de l’agriculture consiste à la fois à diminuer ses émissions de gaz à effet de serre (protoxyde d’azote et méthane essentiellement) et à augmenter le stock de carbone dans les sols. Enfin, la production agricole ne doit pas porter à elle seule la responsabilité de la décarbonation des chaînes de valeurs alimentaires et non-alimentaires auxquelles elle appartient. Celles-ci sont toutes engagées dans la décarbonation de l’économie, et les efforts de chaque maillon de ces chaînes, notamment ceux des agriculteurs, devront être valorisés pour leurs efforts en la matière.

Outre un système assurantiel adapté, dont il n’est pas fait état dans cette note, il existe deux grandes familles de leviers à la fois efficaces et rentables pour les chefs d’entreprise agricoles pour contribuer à leur propre résilience climatique et à celle de notre pays. La première réunit les leviers de l’agriculture de précision et bas carbone, génératrice de crédits carbone et rétribuée par les filières agroalimentaires. Dans ce cas, des primes filières valorisent les pratiques agronomiques visant à optimiser le taux de matière organique des sols, la conduite d’élevage, l’utilisation d’outils numériques d’aide à la décision pour piloter la fertilisation azotée et l’irrigation, la génétique animale et végétale permettant d’économiser et utiliser plus efficacement l’eau et les fertilisants, des modèles mathématiques prédictifs pour mieux anticiper et gérer plus finement les aléas climatiques. Des scores de durabilité doivent être mis en oeuvre pour informer les citoyens-consommateurs des actions menées en amont.

La seconde catégorie est la production par les agriculteurs d’énergies renouvelables (électricité, biogaz, biocarburants) en substitution aux énergies fossiles souvent importées (charbon, gaz, pétrole), en complément de la production alimentaire, qui doit rester prioritaire. L’installation d’un méthaniseur ou de panneaux dans le cadre de l’agrivoltaïsme demande des investissements lourds pour monter de véritables unités industrielles dont, par ailleurs, l’acceptation sociétale doit être gérée en amont. Tous les agriculteurs n’ont pas les moyens de monter ces projets. Cependant, la méthanisation apparaît comme le levier potentiellement le plus rentable à terme, contribuant notamment à l’autonomie en énergie et en fertilisants des exploitations, à la gestion des effluents d’élevage et à la fertilité des sols. Les énergies produites doivent être valorisées auprès des citoyens-consommateurs comme énergies biosourcées et renouvelables.

Les combinaisons les plus efficaces et rentables de ces différents leviers doivent être optimisées dans chaque exploitation agricole pour lui permettre à la fois de s’adapter efficacement aux dérèglements climatiques et de contribuer à son échelle à atténuer ces phénomènes, tout en répondant aux enjeux stratégiques nationaux de sécurité alimentaire et énergétique. Pour cela, la mobilisation des acteurs des filières, la formation des agriculteurs et l’implication des citoyens-consommateurs, l’accélération des innovations technologiques et la construction d’un système européen standardisé et certifié de crédits carbone agricoles fondé sur une obligation de résultat sont nécessaires.

Nos propositions

Construire un système européen standardisé et certifié de crédits carbone agricoles durablement rémunérateur pour les agriculteurs et incitatif pour les financeurs :

la valeur des crédits carbone doit dépendre de critères réunis dans un indice de durabilité réunissant la fertilité des sols (teneur en carbone organique, indice de biodiversité, capacité de rétention et qualité de l’eau, érosion) et le bilan carbone (stockage de carbone et émissions de gaz à effet de serre), calculés sur la base d’une obligation de résultat ;
rétribuer les efforts déjà fournis en valorisant le maintien d’un taux de matière organique dans les sols plus élevé que la moyenne territoriale (pratiques de l’agriculture de conservation, prairies permanentes) ;
financer par des aides publiques le diagnostic carbone initial et l’accompagnement à la transition vers une agriculture bas carbone pendant 5 ans (formation sur les leviers et outils d’adaptation et d’atténuation, sur le fonctionnement du sol et les analyses de sols) ;
mieux prendre en compte la fertilité des sols, pour fixer le prix de la terre en cas de vente ou le fermage en cas de location ;
inciter les financeurs à soutenir la transition bas carbone en compensant leurs émissions par l’achat d’un minimum obligatoire de crédits carbone agricoles forestiers générés en France et dans l’Union européenne et en réduisant les émissions de leurs propres chaînes de valeur.

 

Informer et impliquer les citoyens-consommateurs :
impliquer et informer les citoyens situés dans le voisinage d’unités industrielles (méthaniseur, bioraffinerie, installation agrivoltaïque…) dès l’origine du projet pour que celui-ci puisse voir le jour le plus efficacement possible et en respectant le confort de tous ;
• pour les produits alimentaires, mettre en place des scores de durabilité multicritères et harmonisés au niveau européen qui reflètent les efforts faits en amont par les agriculteurs (production de crédits carbone, diversification de l’offre alimentaire végétale avec des variétés et des espèces résilientes face au climat), valorisés par des primes filières pour les agriculteurs ;
• pour les produits non-alimentaires biosourcés (énergie, matériaux, chimie verte) mettre en place un affichage indiquant la nature biosourcée et renouvelable et le nombre de tonnes équivalent CO2 évitées par comparaison à leurs équivalents issus des ressources fossiles.

 

Accélérer la R&D et le déploiement des innovations :
les OAD basés sur des modèles prédictifs pour mieux gérer les risques climatiques ;
la nutrition animale et végétale pour réduire les émissions de GES : additifs alimentaires, biostimulants, biofertilisants pour enrichir le sol en matière organique et renforcer la tolérance à la sécheresse, engrais décarbonés ;
la génétique animale et végétale : meilleure efficacité nutritionnelle (utilisation plus efficace de l’azote et de l’eau, réduction des émissions de N2O, tolérance au stress hydrique, réduction des émissions de CH4 des ruminants) ; stockage de carbone dans les sols (développement racinaire) ; propriétés nutritionnelles en réponse à la transition alimentaire vers un meilleur équilibre entre protéines animales et végétales (céréales, légumineuses) ;
la robotique et équipements de précision (irrigation) pour économiser l’eau et l’énergie.